2. Simple comme un coup de fil

Par Chapo

Dix mois plus tard.

 

Dimanche 20 h 17, la sonnerie de mon portable retentit et me sort de ma léthargie. Confortablement installée dans mon fauteuil jaune d’or tout neuf et moelleux juste à point, je m’étais assoupie, comme pratiquement tous les soirs, devant le journal télévisé. Je jette un œil sur l’écran de mon téléphone pour savoir qui m’appelle : c’est Maryse. Tiens, qu’est-ce qui l’amène donc à m’appeler plutôt que son fils, allongé sur le canapé de l’autre côté du salon ? Tout autant endormi que moi, peut-être n’a-t-il tout simplement pas entendu son téléphone sonner.

Intriguée, je décroche. Après les premiers échanges d’usage, elle en vient au sujet de son appel.

— Tu m’avais dit avoir découvert que mon arrière-grand-père Benoît Trontin avait un demi-frère, Étienne, qui s’était marié à Saint-Didier-au-Mont-d’Or(1) [ (1) Commune située à une dizaine de kilomètres au nord de Lyon]. J’aimerais bien savoir où il est enterré et s’il a eu une descendance qui serait encore vivante aujourd’hui. Lucie, toi qui es experte en généalogie, tu pourrais me dire comment il faut faire ?, m’interroge Maryse, pleine d’entrain.

Avant que je n’aie le temps de répondre, elle me signifie qu’elle va téléphoner dès le lendemain à la mairie de Saint-Didier-au-Mont-d’Or. Elle voudrait en effet savoir si une sépulture à son nom existerait dans le cimetière. Elle a également fait des recherches dans l’annuaire et a trouvé une femme dans le village voisin qui porte son nom, et elle aimerait bien l’appeler. Surprise par sa demande, je parviens à lui répondre toute bredouillante.

— Je me souviens vous avoir dit que Benoît avait un frère utérin, mais à part ça, je ne me rappelle plus grand-chose…

Je lui explique alors qu’il faudrait que j’aille voir ce que j’avais noté dans le gedcom(2) des Trontin(3), mais que le plus sûr serait de reprendre son acte de naissance pour revoir toutes les informations qu’il contient et ce qu’on peut en tirer. Je lui promets de lui envoyer un courriel dans la soirée pour faire le point sur ce qu’on sait.

— D’accord, on fait comme ça, Lucie. J’attends ton mail !, réplique-t-elle, enthousiaste.

Nous nous séparons sur ces échanges. Je me tourne vers Vincent et lui fais part de mon étonnement alors que cela fait des mois que sa mère nous dit qu’elle va se plonger dans sa généalogie. Je me demande comment elle a fait pour ressortir une information que je lui avais donnée en début d’année et que j’avais même oubliée.

— On a plutôt l’habitude de faire de la généalogie ascendante. Mais là, elle a déjà son plan de bataille pour trouver la descendance du frère de ton arrière-arrière-grand-père !

— Elle doit avoir envie d’agrandir la famille avec des vivants plutôt que d’aligner le nom de morts !, me répond Vincent, qui connaît bien mieux sa mère que moi.

Décidée à ne pas l’arrêter en si bon chemin, je n’attends pas la fin du journal. Je rejoins mon bureau et j’allume mon ordinateur, attendant avec frémissement de redécouvrir ce que j’avais trouvé concernant Étienne.

___

(1) Commune située à une dizaine de kilomètres au nord de Lyon.

(2) Nom du fichier informatique réalisé sur un logiciel de généalogie. Son format est universel et permet des échanges aisés de fichiers (extension .ged) quels que soient les logiciels ou les applications.

(3) Pour éviter de manipuler un fichier au contenu trop disparate et comportant un trop grand nombre d’individus, j’ai créé un fichier dédié pour les recherches relatives à ma belle-famille, dont la généalogie est bien différente géographiquement de la mienne.

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October Rust
Posté le 28/05/2023
J'enchaîne.
J'ai été surprise par le laps de temps, pourquoi autant ? Étonnée aussi que la narratrice vouvoie Maryse mais non l'inverse, personnellement ce genre de dissymétrie me met mal à l'aise.
J'aime bien la phrase de Vincent : "Elle doit avoir envie d’agrandir la famille avec des vivants plutôt que d’aligner le nom de morts". Joli trait d'esprit.

Enfin, ce chapitre me laisse un peu sur ma faim du coup, on n'en apprend pas beaucoup plus. Tant pis, j'attendrais :) Mais je pense que tu peux étoffer ce passage en expliquant pourquoi Maryse se remet soudainement à penser à Benoît.

À bientôt pour la suite :)
Chapo
Posté le 30/05/2023
Re,
Encore merci de ce commentaire.
Effectivement, j'ai de quoi étoffer ce court chapitre.
Ah, Vincent est philosophe à ses heures perdues :-), mais pas que ;-)...
Chapo
Posté le 30/05/2023
J'ai oublié : pour le tutoiement-vouvoiement, c'est simplement parce que c'est une relation (non symétrique) entre une belle-mère et sa brue... Ça me ferait bizarre que Lucie tutoie sa belle-mère !
AurélieC
Posté le 26/05/2023
J'ai enchaîné directement avec le 2ème chapitre, et même si j'avais bien en tête les informations précédentes (forcément), j'ai trouvé que tu allais trop vite au coeur du sujet, il faudrait peut-être développer la relation entre Lucie et sa belle-mère, laisser le temps à Maryse d'expliquer son raisonnement, etc. C'est comme si tu étais un peu trop pressée (comme le personnage de Lucie finalement !)
Chapo
Posté le 27/05/2023
Merci de ton deuxième commentaire ! Je fais réfléchir à tout ça et voir comment laisser Maryse s'exprimer un peu plus et respirer avant l'empressement de Lucie !
Herbe Rouge
Posté le 26/05/2023
Re,
Un chapitre beaucoup plus court cette fois-ci, où je comprends quelque chose que je n'avais pas compris lors du premier chapitre mais qui a toute son importance : Maryse continue ses recherches de sont côté également !
Je me demande si ça ne serait pas une bonne idée de le faire comprendre dès le premier chapitre, parce que là, quand j'ai lu "dix mois plus tard", je me suis demandée ce qu'il se passait et j'ai trouvé ça bizarre.
Chapo
Posté le 26/05/2023
Merci encore de tes remarques ! Je vais y réfléchir ! C'est vrai que quand on n'est pas dedans, on peut se demander d'où sortent ces 10 mois et ce que devient Maryse dans le premier chapitre.
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