4. Zoom sur les premiers indices

Par Chapo

Ayant déjà lu et analysé toutes les mentions marginales de l’acte de naissance d’Étienne, je peux les citer à Maryse dans l'ordre de leur arrivée. Je lui explique alors qu’en bas à gauche, on peut lire « Trontin Étienne divorcé de Philomène Bloyard a contracté mariage à la mairie de Lyon cinquième arrondissement avec Augustine Henriette Ferrolier le 6 octobre 1927 ». Puis, dans la marge à droite, en faisant faire une rotation à la page, on apprend « Décédé à Lyon (5è) le 11 avril mil neuf cent quarante six ».

Je lui propose alors de consulter les actes d’état civil correspondant à ces informations. Le premier dont nous possédons toutes les références est l’acte de mariage du 6 octobre 1927 à Lyon 5 avec Augustine Henriette Ferrolier. Celui-ci se trouve aisément en consultant le site internet des archives municipales de Lyon et en accédant au registre annuel des mariages de l’année(1). On y apprend qu’Étienne est marchand de primeurs, qu’il habite 1 rue Nérard à Lyon, et qu’il a 54 ans. La date de son divorce d’avec Philomène Blouzard est précisée : le 27 novembre 1913, mais pas le lieu… Les informations des différents actes se complètent quand même bien ! L’épouse d’Étienne, Augustine Henriette Ferrolier, est également marchande de primeurs, elle est née à Condeissat dans l’Ain le 13 mai 1882 et habite à la même adresse qu’Étienne. Ils n’ont pas passé de contrat de mariage.

— De cet acte de mariage, Maryse, nous pouvons déduire une première information importante : comme Augustine a 45 ans, on peut émettre l’hypothèse qu’elle n’aura pas d’enfants avec Étienne. Mais bien sûr, la piste n’est pas à exclure totalement !

Nous poursuivons avec le second acte facilement accessible à partir de l’acte de naissance d’Étienne : son acte de décès. Celui-ci se trouve tout aussi simplement que le précédent puisqu’on connaît ses références complètes. Disponible sur le site internet des archives municipales de Lyon(2), l’acte nous apprend que le domicile d’Étienne est toujours le 1 rue Nérard à Lyon, qu’il est marchand, qu’il est toujours divorcé de Philomène Blouzard et marié à Augustine Henriette Ferrolier. Le décès est déclaré par une « employée », sans plus de précision : une employée d’état civil ou des pompes funèbres ?…

— C’est dommage, car cela ne nous permet pas d’identifier un enfant d’Étienne qui aurait pu déclarer le décès de son père. Qu’à cela ne tienne, Maryse, on continue notre enquête !

Je lui explique alors que pour connaître plus précisément la vie d’Étienne et savoir s’il a eu ou non une descendance avec sa première femme, il nous reste encore un acte important à chercher, tiré des trouvailles précédentes : son mariage avec Philomène Blouzard. La seule information que nous avons à son propos est qu’il s’est soldé par un divorce prononcé le 27 novembre 1913. Sans indication des lieux du mariage et du divorce, je lui propose de chercher en premier l’acte de mariage qui figure dans un registre d’état civil probablement disponible en ligne… Reste à en trouver la commune !…

Quand j’avais fait mes recherches, j’avais commencé par son village natal. Malheureusement, dans la table décennale de mariage de 1893-1902 de Saint-Trivier-sur-Moignans, le seul Trontin qui apparaisse est l’ancêtre Benoît : Étienne n’y figure pas. Dans un temps de recherches généalogiques reculé, il aurait fallu alors passer toutes les communes alentours dans l’espoir que sa femme en ait été originaire(3). J’explique à Maryse que nous pouvons maintenant profiter d’être au xxie siècle pour aller directement sur un célèbre moteur de recherche qui a indexé de nombreux actes d’état civil et rend les recherches bien pratiques : Filae (https://www.filae.com/), connu des non-généalogistes depuis que Stéphane Bern en vante les mérites à la télé. En tapant « Trontin Étienne », sans date et sans lieu, avec comme conjoint « Blouzard », on trouve le fameux mariage à Saint-Didier-au-Mont-d'Or passé en 1895(4). Quelle chance ! D’autant que sans ce moteur de recherche, on n'aurait jamais eu l’idée d’enquêter dans cette commune située dans un autre département et à une quarantaine de kilomètres de Saint-Trivier-sur-Moignans où Étienne est né, et à une dizaine de kilomètres de Lyon où il s’est marié trente ans plus tard !

L’acte du mariage passé le 21 novembre 1895 à Saint-Didier-au-Mont-d’Or(5) nous apprend qu’Étienne est voiturier, demeurant 44 rue de Bourgogne à Lyon ; sa mère est décédée et elle était l’épouse d'Antoine Ducloud. Sa femme Philomène Blouzard est cultivatrice, elle habite chez ses parents à Saint-Didier-au-Mont-d'Or, hameau de Champagne, elle est née à Écully le 27 février 1871. On apprend qu’ils ont passé un contrat de mariage le 13 novembre 1895 devant Maître Chatillon, notaire à Écully, qu’il devrait être possible de consulter aux archives départementales du Rhône(6) pour connaître leurs éventuelles dots. La suite de l’acte mentionne le service militaire d’Étienne, probablement à Trévoux, dont je comprends qu’il a été libéré pour le mariage. J’explique à Maryse qu’on pourra chercher sa fiche matricule aux archives départementales de l’Ain pour en savoir plus sur son parcours de soldat. Enfin, l’acte de mariage permet de découvrir un cousin d’Étienne : Claude Chevalier, 25 ans, cultivateur à Saint-Trivier-sur-Moignans. J’indique à Maryse qu’on pourrait rechercher des informations sur cet individu pour savoir comment il est lié à Étienne : peut-être via une sœur de sa mère, mariée à un monsieur Chevalier.

J’explique enfin à ma belle-mère avoir déjà consulté les tables décennales de naissances de Saint-Didier-au-Mont-d'Or à la recherche d'éventuels enfants du couple Trontin-Blouzard entre la date du mariage (1895) et celle du divorce (1913) et un peu avant et après. Mais que cette recherche fut menée sans succès, car on n’y trouve aucun Trontin, ni Blouzard en cas de naissance antérieure au mariage. On peut supposer que lorsqu’Étienne et Philomène ont divorcé, ils n'habitaient plus à Saint-Didier-au-Mont-d'Or et qu'ils avaient pu avoir des enfants nés ailleurs. En interrogeant de nouveau le moteur de recherche Filae, je ne les avais pas non plus trouvés dans le recensement de 1906 à Saint-Didier-au-Mont-d'Or, et nulle part ailleurs, alors qu'ils étaient bien encore vivants. Une recherche sur Geneanet (https://www.geneanet.org/), qui propose également l’accès à des relevés d’état civil et des arbres en ligne, n’aboutit à rien de plus7. Mais les dépouillements sont loin d'être exhaustifs : ne rien trouver ne signifie pas qu’il n’existe rien !

— C’est décevant, tout cela, se lamente Maryse. Tu crois qu’Étienne n’a pas eu d’enfants alors ? Je dois faire une croix sur des cousins éloignés, ou bien, on pourrait consulter d’autres registres pour en apprendre plus sur Étienne ?

— Ne vous inquiétez pas ! Quand une voie semble sans issue, on a toujours moyen d’en trouver une autre !

Laissant Maryse mener les recherches dont elle m’a parlé la veille, rendues plus faciles avec les nouvelles informations dont elle dispose(8), je me réjouis déjà des recherches à mener. J’ai déjà quelques idées sur des pistes archivistiques à explorer. En plus, de la généalogie descendante si récente, je n’en ai encore jamais pratiqué, cela va sûrement être passionnant !

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(1) Accessible ici : http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ark:/18811/c379fd900ba290340346ea88bb87beec (registre des actes de mariage de Lyon cinquième arrondissement, année 1927, vue 231/307).

(2) Consultable sur le registre annuel des décès, acte n°315 situé à la vue 57/180 et accessible ici : http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ark:/18811/b911e458b9d46e7ebf1457d4cb3b0ac9

(3) Les mariages avaient souvent lieu dans les communes de naissance des épouses où elles vivent encore avec leurs parents.

(4) Procéder à cette recherche et accéder directement au résultat nécessite de posséder un compte et un abonnement premium sur le site. Sans abonnement, on peut malgré tout identifier la commune, puis trouver l’acte via une recherche classique sur le site internet des archives : en consultant d’abord les tables décennales, puis le registre annuel.

(5) Visible dans le registre annuel à la vue 12/15, accessible sur le lien http://archives.rhone.fr/ark:/28729/a011447841273ZcBzQG/1/12

(6) La Métropole de Lyon (au caractère administratif « collectivité à statut particulier ») a été créée le 1er janvier 2015, amputant le département du Rhône d’une partie de son territoire. Depuis, les Archives sont un service unifié du Département du Rhône et de la Métropole de Lyon, puisque celle-ci exerce sur son territoire toutes les compétences d’un département (source : http://archives.rhone.fr et https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tropole_de_Lyon). Par souci de simplicité, nous les appellerons ici archives départementales du Rhône.

(7) Lors des recherches menées initialement, il n’y avait aucun résultat avec Étienne Trontin sur Geneanet. À l’occasion de l’écriture de ce livre, on y trouve désormais bien ce mariage avec toutes ses références (date, lieu, accès à l’acte), et ce sans abonnement, ainsi que d’autres documents relatifs à notre Étienne ou à des homonymes.

(8) Vous pouvez de votre côté créer un arbre généalogique sur une feuille A4 quadrillée, au format paysage, en indiquant toutes les informations que nous venons de voir (placez Étienne Trontin, en hauteur : dans la partie supérieure de la page mais en laissant de la place au-dessus, en largeur : au centre de la page). Vous pourrez ensuite le compléter au fur et à mesure des découvertes qui seront faites ultérieurement.

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