Rêver le soleil

Par Hydreiz

 Il faisait si noir. J’avais si froid.

 L’obscurité m’enveloppait, me recouvrait de sa couverture de ténèbres. Alors, j’allumai la petite lampe de chevet grignotée par la moisissure, et la lumière ambrée apparue, faisant naître et danser les ombres, déformant grossièrement les quelques meubles de la pièce. Aussitôt après l’avoir ouverte, j’éprouvai l’indicible envie de l’éteindre, de bannir les ombres difformes qui m’entouraient, de faire cesser l’atmosphère sombre et écœurante qui me glaçait, de mettre un terme aux ténèbres qui me narguaient, qui me faisaient comprendre que ma place était ici, auprès d’eux – dans leur univers, loin du monde de lumière.

 J’avais si peur. Un frisson me traversa.

 Lentement, un poids se forma dans mon estomac, la terreur s’empara de chacun de mes membres, et, paralysée, mon souffle se fit de plus en plus court, de plus en plus lourd, l’air de plus en plus rare de plus en pl-

  ne panique pas ne panique surtout pas respire, respire, RESPI-

 Mais mes yeux se fermèrent. 

 C’était devenu comme un réflexe instinctif, une défense contre les ombres et la peur qui menaçaient - à chaque instant– de me submerger, de me noyer complètement. Et aussitôt ma barrière levée et mes yeux clos, ma respiration se calma, mon cœur retrouva un rythme normal, et tandis que le calme revint, une pointe d’euphorie s’empara de mon être. Un petit sourire se dessina sur mon visage, suivi d’un sentiment doux -si tendre, si confortable - puis d’un minuscule rire soulagé (ils se faisaient tellement rare, en vérité, que j’eus de la peine à le reconnaître comme étant mien).

Enfin. J’étais de retour. À la maison. 

Chez moi. En sécurité.

Là où les ombres et la moisissure ne pourraient jamais m’atteindre, là où l’obscurité n’avait aucune emprise. Dans ce monde rêvé, j’étais libre, mes angoisses s’évaporaient, les démons reculaient, s’éloignaient ; même les paroles empoisonnées ne pouvaient m’atteindre.

Car je pouvais marcher au soleil. Car ma peau ne brûlait pas. 

Et c’est une telle délivrance, de déambuler librement dans ce territoire où le soleil brille sans discontinuer, où la lumière m’assaille de toute part. Le vent - brûlant, mais pas étouffant, non, réconfortant plutôt - faisait voler mes cheveux, s’engouffrait dans ma veste, et-

Oh bon sang, cette chaleur, elle me rendait euphorique, me donnait envie de laisser éclater ma joie.  Alors je me mis à rire, oui, à rire sans timidité - c’était plutôt un rire fou, sauvage - et à courir, puis à tourner, tourner, sans m’arrêter, mon visage levé vers le ciel.

Ce ciel si bleu. Ces feuilles d’un vert si clair.

Ces eaux limpides, qui couraient, prenaient la forme d’un mince filet, pour glisser sur le long des rochers ; ils étaient recouverts d’une mousse s’étalant aussi sur l’écorce des arbres, à la façon d’un épais tapis de coton. Oh, et les branches des saules, se transformant en symphonies quand le chant des oiseaux résonnait dans mes oreilles, dans mon jardin, mon sanctuaire, mon paradis, l'éden.

 

Avant ça, il n’y avait rien. Rien d’autre qu’une envie de s’enfuir, de quitter mon corps, ce corps fragile, faiblard, maladif ; pour ensuite rejoindre la lumière.

 

Et d’une certaine manière, bien que tous lui avaient dit le contraire, elle avait réussi à quitter les ténèbres.

 

Pâle copie du réel, mais pensé avec tant de soin, d’application, et de soucis du détail qu’il parvenait à donner le change. Je l’avais façonné de mes mains froides, en m’appuyant désespérément sur les dires d’autrui, sur les mots des quelques livres à ma disposition… mais aussi grâce à ma vision d’un monde de couleurs et de lumière - à l’opposé complet du mien. 

Car après tout… aux yeux du reste du monde, ce n’était qu’une illusion.

Rien d’autre que les divagations perdues d’une pauvre enfant de la lune.

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Louise Montclar
Posté le 28/11/2024
Ce texte est profondément émouvant et immersif. Il explore les thèmes de l'angoisse, de la lumière comme refuge et de l'évasion mentale. Les transitions entre le réel et l'imaginaire pourraient être mieux marquées afin de guider le lecteur dans ce voyage mental. La progression narrative serait ainsi améliorée.
Hydreiz
Posté le 29/11/2024
C'est noté, merci beaucoup !
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