Temps Mort #2
L'A1 défile sous les roues de la petite Opel bleue nuit de Marina. La côte est proche, soufflant un air salé et collant à l’intérieur du véhicule qui roule toutes fenêtres ouvertes. C'est que monsieur Bodlicott, assis derrière Taylor, refoule à leur en faire pleurer des larmes d'acide. Tout le monde a revêtu un manteau pour tenir le coup face au froid, même le cadavre, capuche rabattue sur le visage pour éviter que les automobilistes ne se posent trop de questions en croisant son non-regard. Ils ont dépassé Holy Island depuis quelques temps. Cela représentait alors la moitié du chemin jusqu'à Édimbourg, la moitié des cent soixante-deux kilomètres de torture que Marina regrette peu à peu.
— J'en ai une autre, celle-ci, vous allez m'en donner des nouvelles.
Persuadé qu'il réussira à décrocher un sourire à sa collègue, Taylor éjecte une cassette du lecteur d'origine de la vieille Opel et plonge dans sa gibecière à la recherche d'une énième bande censée être révolutionnaire.
— Mes balades préférées ne sont peut-être pas toutes à votre goût, mais il me semble que j'ai du rock, égaré quelque part. Nous pourrons partager : un peu de votre musique, un peu de la mienne !
— Hrm...
Comme respirer, déglutir, mais surtout parler lui fait extrêmement mal, Marina préfère ne communiquer que par très légères vibrations de la gorge. Et comme monsieur Bodlicott ne parle pas du tout, il n'y a que Taylor pour alimenter la discussion, ce qui, elle le voit bien, attriste un peu celui-ci.
— Allons, mettez-y du vôtre... Je fais ce que je peux pour nous contenter tous les deux, vous n'aviez qu'à penser à vos propres morceaux !
Marina ne possède pas de cassettes, seulement quelques musiques sur son téléphone incapables de couvrir le chant du vent dans la voiture. L'utilisation de la radio est quant à elle exclue, ce que Taylor ne sait pas expliquer autrement que par « trop aléatoire » et donc « trop dangereux ». Deux heures et demie de route dans le silence n'ont jamais tué personne. Deux heures et demie de route avec un Taylor Falseflower, par contre...
— Écoutez-moi ça, les Dead Moon, j'avais tout juste quatorze ans lorsque c'est sorti !
L'image d'un Taylor de quatorze ans perturbe Marina quelques secondes ; ça ne semble pas concevable. Elle oublie bien vite cet adolescent déjà trop vieux, bancal mais charmant, quand les premières notes s'échappent des haut-parleurs et lui font reprendre ses lamentations internes. Les goûts musicaux de Taylor lui sortent par les oreilles, ou peut-être qu'elle n'est pour le moment pas en mesure d'apprécier quelque mélodie que ce soit. Elle continue cependant de se taire à ce propos pour qu'au moins l'un des passagers du petit véhicule – et sa gorge – apprécient le voyage.
— Running away, I knew I was wrong, se met à fredonner Taylor.
Voilà qui est de bon ton. La voix du chanteur est agaçante mais ce n'est pas le genre de rock où l'on hurle sans raison et c'est toujours ça de gagné. Tout ça participe, en plus de la fatigue, au fait que Marina n'est vraiment pas en joie. En réalité, elle fait littéralement la gueule : ses cheveux sont relevés en un palmier dépouillé par le vent, son foulard lui monte haut sur le menton et cache le bandage autour de son cou, sans compter les différentes ecchymoses sur son visage qui s'épanouissent comme les fleurs d'un printemps affreusement précoce.
Trois jours seulement après être entrée à l’hôpital et trop vite sortie, elle trouve déstabilisant de se retrouver là, avec le mort juste derrière, celui qui a failli la tuer. Il s’avère être, si on en croit Taylor, un genre de sauveur du monde, ce pourquoi il mérite sa place sur ses sièges arrières, dans sa voiture, pendant qu'elle fait son chauffeur plutôt que de simplement le balancer dans le coffre et l'y oublier à tout jamais. Les explications de Taylor ont pourtant plus embrouillé Marina qu'elle ne l'ont aidée à y voir clair. Avec comme interlocuteur un cadavre seulement capable de tracer quelques lettres sur des supports saccagés, Taylor n'avait pu rapporter à Marina qu'un certain nombre de maladresses à propos des « autres », d'un danger qui couvait concernant le pays entier, d'une alerte à donner et, pour cela, d'un lieu à retrouver.
« Les réponses nous attendent plus au nord », c'est ce que lui a promis Taylor alors que Marina était encore sur son lit d’hôpital. Et il y a vraiment intérêt. Il n'y a bien que ça qui la motive pour entreprendre un tel voyage si peu de temps après s'être fait recoudre la peau du cou. Pour supporter les heures au volant alors qu'elle n'a envie que de dormir, se refaire une santé et tailler ce fichu Bodlicott en pièces pour le semer aux quatre coins du comté. Sûr que ça l’enchanterait bien plus que de courir après le droit à quelques réponses qu'elle et son supérieur ne sont même pas sûrs d'obtenir.
S'il y a un responsable à tout ça, elle veut l'avoir en face. Et s'il y a le moindre espoir que tout ait un sens, que tout soit réel et que sa tête se vide des questions, des hypothèses folles et des cauchemars, elle doit tenter le coup. C'est ça ou rentrer chez sa mère dans l'espoir que l'histoire s'arrange par magie. Mais Marina, même si elle croit un peu plus à la magie après les derniers événements bousculant sa vie, ne croit certainement plus que les choses vont s'arranger sans qu'elle n'y mette son grain de sel.
— … Don't burn the fires, I'm never coming home, continue Taylor en remuant ses index dans la direction de sa partenaire pour la faire participer.
La meilleure défense étant l'attaque, cela vaut peut-être aussi pour éviter la dépression. Alors Marina fait route, avec Taylor qui chantonne à l'en faire hurler tellement elle sature, avec le mort qui se tient aussi tranquille qu'un mannequin de vitrine, extrêmement perturbant. Elle a choisi d'attaquer, d'aller au devant.
Mwalors... dans l'ensemble on va dire que je réserve mon jugement parce que bien qu'il commence à y avoir du contenu, j'ai encore du mal à cerner où est ce qu'on va. Et ça me parait normal puisque tu as balancé pleins de mystère sans qu'on ait de réponses :D.
C'est marrant du coup je n'arrive pas à savoir si cette histoire est cocasse ou très sérieuse. Ca se balade entre les deux XD. Mais avec un nom pareil, cette histoire ne pouvait pas espérer qu'on la prenne totalement au sérieux.
Bon, ben sinon, je me répète beaucoup, mais j'aime toujours beaucoup le traitement des personnages et l'écriture, c'est pelins de petites expression marrante qui me font enrager parce que j'ai pas l'imagination de les sortir moi-mâme :D.
Seul petit repproche, j'ai trouvé vraiment ça bizarre quand l'héroïne 2.0 voit le mec dans la cave et qu'elle ne prévient pas ses parents. Je suis d'accord sur le fait de parfois avoir du mal avec la communicationmais je n'ai pas trouvé le passage très fluide et j'avais du mal à y croire.
Voilà, c'est le seul repproche pour l'instant. Je suis toujours en mode super intriguée:Mais où cette histoire va nous emmener et en plus, maintenant, je vais pouvoir te botter les fesses pour avoir la suite.
Joie amour et chocolat!
*calinours*
Lou
Jowie, ces images... pourquoi tu voudrais que ça tête parte en arrière, hein xD ?! Avec l'appui-tête de la voiture, ça va aller !<br />Mais en vrai tu me fais me dire qu'une minerve ne serait pas de trop, après tout. Ca va juste lui donner l'air terriblement stupide, mais on n'est plus à ça près. Et puis quelques jours de repos de plus à envisager, peut-être. Maintenant que tu le mets en lumière, trois jours, ça fait short. Je ne sais pas trop à quoi je pensais. Peut-être que j'essayais de me caler à tout pris sur le calendirer de l'intrigue-Maxine et que j'ai un peu oublié que Marina est cencée être un humain normal. :/<br /><br />Bizouille à toi zaussi, MERCI ma Jowie ! ♥
Han, ils m'avaient manquéééé *o* Et le fait d'imaginer le cadavre dans un ciré assis tranquillou à l'arrière de la voiture m'a fait hurler de rire. Pardon :P
On avance, on avance. Vers quoi, on le sait pas trop. Enfin, on commence à deviner un peu x)
Marina est toute cassée, la pauvre. T'es un horrible petit triton. Méchante !
Bon eh bien, maintenant que je suis à jour... JE VEUX LA SUITE <3