Chapitre 4

Par Rouky

C'est une maison de l'horreur que découvre les policiers. Un carnage, un massacre d'innocents. Un frère, une soeur et des parents sauvagement assassinés.
    Un coup de fil à la police, puis un autre, anonyme cette fois, aux journalistes avides de faits divers. Et voilà tout ce beau monde réunit devant la porte, à crier des ordres pour les premiers, à poser des questions pour les seconds.
    Sur le seuil de la porte, Castelli, lui, est complètement blême et silencieux. 
    D'autres jours, il aurait supporter la vue de cette boucherie. Son métier de brigadier criminel lui en a déjà fait voir de toutes les couleurs. Mais aujourd'hui plus que n'importe quel autre jour, il est incapable de regarder. Il a envie de vomir, de déguerpir chez lui et de s'y enfermer à double tour. Mais c'est impossible, et il le sait.
    Beltrame finit par rejoindre son collègue, lui pose la main sur l'épaule en un geste affectif.
        –    Comment ça va, gamin ?
     Depuis le jour où Castelli est entré au comissariait, Beltrame, de 6 ans son aîné, lui a attribué ce sobriquet. Au début, Castelli trouvait ce surnom ridicule. Lui, un homme de 23 ans, officier de police judiciaire qui plus est, n'était plus un gamin depuis bien longtemps. Mais, aujourd'hui, il a l'impression d'être redevenu un enfant, fragile et apeuré, qui, après avoir commis une bêtise irréparable, cherche à toute fin à dissimuler son erreur.
        –    Oui, ça... ça va, bredouille Castelli.
        –    Bien... Bon, tu connais la procédure. Il va falloir que tu me répètes ce que tu as dis à l'agent au téléphone. Tu peux faire ça ?
        –    Oui.
    Beltrame agrippe doucement le bras de Castelli pour l'entraîner dans l’arrière-cour de la maison, loin des regards indiscrets.
        –    Vas-y, je t'écoute, dis l'aîné une fois à l'abri.
        –    Je... J'étais en train d'enquêter auprès de Gabriel Rellik. Je suis sorti et, une fois dehors, j'ai reçu un coup de fil anonyme. C'était la voix d'un gamin m'ordonnant de me rendre ici pour y trouver sa famille massacrée. Il m'a aussi dis d'aller voir à la lisière de la forêt, pour y trouver un autre corps, celui d'un lycéen. Il a refusé de me donner son identité.
    Castelli a en effet profité de cet appel pour également signaler le corps du pauvre garçon.
        –    Oui, Lombardo s'occupe actuellement de l'ado retrouvé dans la forêt. C'est vraiment tragique, pauvre gosse... Et ensuite, qu'est-ce qu'il t'a dit ?
        –    Rien. Il a raccroché avant que je ne pose d'autres questions.
        –    Je vois... Pourquoi avoir refusé de décliner son identité, s'il te menait directement à sa famille ? C'est évident que tout ça allait nous mener à lui.
        –    Je... Je ne sais pas... Il voulait peut-être gagner du temps. 
        –    Oui, peut-être...
    Beltrame jette un coup d'oeil en biais à son collègue. Son regard est intense, semble attendre quelque chose de son partenaire. Ce dernier ne parvient pas à soutenir ce regard inquisiteur, et se contente de baisser la tête. 
        –    Van, dit Beltrame d'une voix douce. Je sens bien qu'il y a quelque chose qui te tracasse. Tu m'a l'air complètement effrayé. En temps normal, t’aurais déjà sauté sur cette scène de crime pour en analyser les moindres détails. T’aurais fais dégager ces journalistes en les insultant de tous les noms, avant d'interroger tout le voisinage. Qu'est-ce qui se passe ? Je pense que tu en sais bien plus que tu ne veux le laisser paraître. Tu peux tout me dire, gamin.
        –    Je... Je n'ai rien... Il ne se passe rien...
    Sa gorge se serre, les mots s'arrêtent tandis que les larmes commencent à monter. Beltrame lui soulève délicatement le menton, plonge ses yeux dans ceux, humides, de son équipier. 
        –    Qu'est-ce qui se passe ? Réitère-t-il d'un ton doux mais sans équivoque. Tu peux tout me dire. Il ne va rien t'arriver. Je suis là pour te protéger, partenaire.
    Soudain, Castelli se sent faillir. Les sanglots explosent, le chagrin s’ouvre en une plaie béante. Beltrame l’attire à lui, l’enlace. Mais c'en est trop pour Castelli, qui s'effondre au sol, terrassé par la souffrance. 

    Kaleb a attendu plusieurs heures. Il a observé le jeune homme accueillir son invité, un policier. Il a assisté à toute leur conversation, et s'est fait discret quand l'agent est reparti. 
    Il comptait alors confronté son opposant, mais un majordome est sorti de nul part, prenant Rellik à parti.
        –    Monsieur, a-t-il commencé, je pense que Madame devrait aller à l'hôpital. Les saignements n'ont pas arrêtés, et elle souffre énormément.
        –    Arrête de m'embêter avec ces bêtises ! Madame va très bien. Elle simule, voilà tout. Hors de question de l'emmener dehors, c'est compris ?
        –    Je... Oui, Monsieur. Je comprends.
        –    Bien. J'ai des problèmes plus graves à gérer pour le moment... Vous savez quoi ? Prenez votre journée, je ne veux plus vous voir ici.
        –    Monsieur ?
        –    Quoi ? Je ne suis pas un abruti, je sais me faire à manger. Et je pense que le nettoyage peut se passer de vous pour un jour, vous ne pensez pas ?
        –    Oui, Monsieur, certainement. Je vous laisse, Monsieur.

    "C'est une aubaine", a aussitôt pensé Kaleb. Cet enfoiré de Rellik allait se retrouver seul avec lui. Kaleb a donc encore attendu, caché à l'étage du manoir.
    Le majordome a mis une bonne heure pour se préparer, avant de claquer la porte en sortant. Rellik était parti se réfugier dans une pièce, un bureau que Kaleb n'allait pas tarder à rejoindre. Mais, en passant dans un couloir, un bruit de sanglots étouffés s'est fait entendre.
    Poussé par la curiosité, Kaleb s'est penché pour entendre la provenance des sons. Il a ouvert la porte aussi silencieusement que possible... et s'est figé. 
    Une femme est allongée sur le lit, le visage tourné vers la porte. Mais impossible pour elle de voir Kaleb. En effet, ses deux paupières sont tellement gonflées qu'elle doit être quasiment aveugle. En chemise de nuit, toutes les parties non recouvertes de son corps sont couvertes d'hématomes. Ses lèvres éraflées saignent, tout comme son nez et ses tempes. Son ventre rond laisse aisément deviné son statut de femme enceinte, ce qui retourne l'estomac de Kaleb.
    Celui-ci contourne lentement la blessée qui pleure silencieusement, son corps parcouru de spasmes et de sanglots. Derrière, la vision est tout aussi horrifique. Le sang macule la chemise dans tout son dos. Kaleb ne connaît que trop bien les formes qui se dessinent sous la chemise de nuit arrachée de la pauvre femme : ce sont les sillons gravés par une ceinture.
    Se sentant soudain observé, Kaleb relève la tête. Sur le seuil, un jeune homme en costume flambant neuf observe l'étranger, l'effarement se lisant sur son visage. Un pas en arrière, puis deux. Doucement, comme pour ne pas défier le prédateur.
    Puis Gabriel Rellik se retourne pour s'enfuir. 
    Kaleb se lance à sa poursuite.
    Ariane pousse un gémissement effrayé, aveuglée par son sang et sa douleur, mais entendant bien les bruits sourds autour d’elle.
    La porte d'entrée étant fermée à double tour, Gabriel ne prend pas le risque de s'attarder sur cette sortie. Il monte à l'étage, fonce dans une pièce qu'il referme aussitôt en la verrouillant. Une seconde après, Kaleb est déjà dessus, se jetant de tout son poids pour l'ouvrir. 
    Cela lui prend à peine dix secondes pour défoncer la légère porte en bois. Il pénètre alors dans un bureau richement décoré. Derrière la table d’acajou qui trône au milieu, Gabriel compose un numéro sur son téléphone, en proie à la panique.
    Kaleb s'avance rapidement vers lui, propulse le bureau contre le mur. Gabriel se recule, mais pas assez vite. Kaleb lui agrippe le poignet qui tient le téléphone, le tord brusquement.
    Avec un couinement de douleur, Gabriel lâche l'appareil qui vient se fracasser sur le sol en marbre. Kaleb fauche les jambes du millionaire qui tombe à la renverse. Le tueur à gages s'assoit à califourchon sur lui, plante les genoux dans les paumes du jeune homme, puis enserre sa gorge entre ses larges mains. 
    Gabriel bat des jambes dans le vide, ne parvenant pas à atteindre sa cible. Ses mains prisonnières s'agitent dans tous les sens, tandis que son visage devient rouge. Kaleb serre de plus en plus fort, tente de craquer tout ce qui se trouve sous la peau fragile du millionaire. Il veut lui briser ses vertèbres. Ses yeux ne reflètent plus que de la haine, sa fureur encore imprégnée de la chambre d'Ariane. Les yeux de Gabriel, eux, s’affolent, s’embuent, expriment une détresse et une incompréhension évidente.
        –    Pè... Pèr... Père... Pa...Pa...Papa... Articule Gabriel avec difficulté.
    Face au dangereux silence de l'étranger assis sur lui, Gabriel s'étouffe en répétant ses paroles.
        –    Papa... Pa... Papa...
    Cette fois, Kaleb prend conscience de ce que bafouille l'homme sous lui. Alors, il se souvient de ce pourquoi il était venu : le père Rellik voulait sa peau, il lui a tendu un piège. Pourquoi son fils mentionne-t-il ce mot là, précisément, à cet instant ?
    Sa curiosité une nouvelle fois attisée, le tueur à gages desserre lentement son étreinte mortelle, mais ne se relève pas, les mains toujours posées sur la gorge du jeune homme.
    A moitié libéré, Gabriel est pris d'une quinte de toux, à la recherche d'air vivifiant. Il tousse encore et encore, sous le regard accusateur de son agresseur. 
    Kaleb attend, sagement, que sa proie retourne à la vie, elle qui s'est approchée si près de la mort.
        –    Qu'est-ce que tu racontes ? Demande le tueur à gages une fois que les toussotements se sont un peu calmés.
        –    Je... Je vais devenir papa... bientôt... Ne me tu... tuez pas, je veux voir mon... mon enfant.
    Sa gorge endolorie, chaque mot lui coûte un terrible effort. Mais son instinct de survie lui procure un sursaut d'adrénaline.
        –    Pitié, reprend-t-il. Pitié, ne me tuez pas ! Je veux voir mon enfant naître.
    Kaleb agrippe les cheveux du millionaire, et place son visage à quelques centimètres du sien. Il peut sentir tout le corps trembler sous son poids.
        –    C'est toi qui as fais ça à cette femme, en bas ? Demande-t-il d'une voix terriblement calme. Une femme enceinte, donc ?
        –    Je... Je...
        –    Réponds.
        –    Oui, c'est moi.
        –    Tu y as pris du plaisir ?
        –    Quoi ?
        –    Mauvaise réponse. 
Le tueur à gages se redresse et, empoignant toujours les cheveux de son ennemi, il lui assène un coup de poing de sa main libre.
    Gabriel est pris d'un soubresaut, la douleur lui arrachant un cri tandis que du sang coule de son nez.
        –    Putain ! S'emporte-t-il.
        –    Réponds-moi, enfoiré, et sans me mentir ! Est-ce que tu as pris du plaisir à tabasser cette femme ?!
        –    Oui ! Confirme Gabriel, les yeux brillants de larmes. Pitié, laissez-moi vous expl-
        –    Espèce de bâtard ! T’est vraiment qu’un putain d’enculé ! Un putain de lâche !
        –    Qu'est-ce que vous me voulez à la fin ?!
    Kaleb esquisse un sourire mauvais, renforce sa position.
        –    Tu as peur de moi, gamin ?
    Gabriel ne répond pas, mais l'effroi se lit clairement dans ses yeux. Toujours paralysé par le poids de son assaillant, il se contente de rester le plus immobile possible, malgré la douleur lancinante dans son visage.
        –    Bien, reprend Kaleb en lâchant sa prise. Tu vois, cette peur ? C'est exactement ce qu'a dû ressentir cette pauvre femme en bas ! J'ai entendu ta conversation avec l'autre flic. Tu as assassiné ton épouse et son amant, et voilà que tu tabasses cette femme ? Tu me dégoûtes, sale merdeux. Tu aimes être au dessus des autres, hein ? T’aime ça, ce sentiment de puissance ? Ben moi je vais te faire descendre de ton piedéstal, espèce d’enfoiré.
        –    Je... Je n'ai pas... Je n'ai assassiné personne.
    Son ton se voulait ferme, mais sa voix déraille avant de s'éteindre. La haine qu'il apperçoit dans les yeux de son agresseur le paralyse de terreur.
A son grand étonnement, le tueur à gages se relève, fait mine d'épousseter sa veste. Lentement, tremblant de peur, Gabriel l'imite. Il porte la main à son visage, où son nez continue de saigner. Il garde les yeux rivés sur son agresseur... et son coeur rate un battement. L’assaillant a sorti une arme de sa veste, et vise le millionaire en plein coeur.
        –    Où est ton père ? Demande Kaleb.
        –    Il n'est pas là ! Répond Gabriel du tac au tac en levant les mains en évidence. Il va sûrement bientôt revenir. Vous avez affaire avec lui, c'est ça ? Vous n'avez qu'à attendre patiemment qu'il revienne pour que vous puissiez-
        –    Le tuer d'une balle dans la tête. 
        –    Que... Quoi ?
        –    Tu m'as bien entendu, enfoiré. Je vais te buter toi, puis j'attendrai que ton père revienne pour le tuer à son tour.
    Gabriel inspire longuement, avant d'expirer tout aussi délicatement. Ne surtout pas paniquer... Il doit trouver une solution, et vite.
        –    Pourquoi faites-vous tout ça ? Questionne le jeune homme.
        –    Ton père doit payer pour ce qu'il m'a fait. 
        –    Que vous a-t-il fait ? Quoi que sont ses torts, je suis sûr que je peux les réparer.
        –    Oh, vraiment ? Tu peux ressuciter ma petite-amie ? Et empêcher les autres tueurs à gages de vouloir me buter ?
        –    Vous êtes... un tueur à gages ?
        –    Oui. C'est ça qui te choque, et même pas que ton père soit un assassin ?
        –    Je sais que mon père a déjà payer pour... faire taire des gens.
        –    Pourquoi a-t-il essayé de me faire taire, moi ?
        –    Je... Je l'ignore. Mais si vous me laissez un peu de temps, je pourrai trouver la réponse. 
        –    Le temps, c'est précisément ce qui me manque. Tu n'as pas entendu, quand j'ai dis que des tas d'autres types veulent ma tête pour recevoir la récompense ?!
        –    Combien ?
        –    Quoi ?
        –    Cette prime s'élève à combien ?
        –    A 500 000. Ton père n'y est pas allé de main morte.
        –    Cette somme ne représente rien pour moi. Que diriez-vous si je payais la rançon pour vous offrir la vie ? J'offrirai une belle paie pour empêcher les gens de vous tuer !
        –    Oh, comme c'est généreux de ta part, merdeux. Okay, imaginons. Tu paies pour les conneries de ton père. Et après ? Le vieux rapplique ici, et remets une rançon sur ma tête.
        –    Non, je l'en dissuaderai.
        –    Et comment ?
        –    Je lui parlerai ! S'énerve Gabriel en soupirant. Vous avez failli tuez son fils, il pourra bien vous concéder la vie !
        –    Ou alors il voudra se venger en me tuant. Pourquoi tu ne l'appellerais pas, pour qu'on règle tout de suite cette histoire ? Je veux des réponses.
        –    J'ai déjà essayé plusieurs fois... Il ne répond à aucun de mes appels, ni à mes messages... J'ignore où il est, ou ce qu'il fait. Mais il n'est jamais parti très longtemps sans me prévenir. Je suis certain qu'il va revenir ce soir !
        –    Très bien. Et pour mon amie qu'il a fait exécuté ? Comment tu comptes m'offrir réparation ?
        –    Je vous offrirai assez d'argent pour que vous n'ayez plus jamais à travailler de toute votre vie !
        –    L'argent achète tout, hein ? Même la mort ?
    Kaleb abaisse le pistolet, mais garde les yeux rivés sur le jeune homme. Ce dernier se calme un peu, mais sait bien qu'il n'est pas encore sorti d'affaires. 
        –    Alors quoi, on a plus qu'à attendre ? Demande le tueur à gages d'un ton ironique. T'as de la bière, dans ton frigo ?
        –    Je... Oui.
        –    Après toi, alors. Je te suis.
    Gabriel hésite un instant. Mais quand Kaleb fait mine de relever le pistolet, le millionaire s'avance pour sortir de la pièce. Suivi de près par le tueur à gages, ils descendent au salon. Kaleb hésite un instant devant la porte entrebaîllée d'Ariane, où s'échappe encore quelques gémissements.
    Le voyant faire, Gabriel tente de dire quelque chose, mais Kaleb le devance.
        –    Ferme ta putain de gueule. Je ne veux rien entendre de toi. Cette histoire est loin d'être finie, crois-moi.
    Docile, Gabe reste silencieux. 
    Il emmène Kaleb jusqu'à la pièce principale, mais s'arrête net en voyant un adolescent assis sur son canapé, en train de regarder la télévision. 

    Castelli a pleuré pendant un temps qui lui a semblé interminable. Une fois ses larmes taries, Beltrame l'a emmené dans sa voiture dans la plus grande discrétion possible. De toute manière, les journalistes étaient bien trop occupés à capturer des photos de la maison de l'horreur.
    Heureusement, Beltrame n'a posé aucune autre question tout le long du trajet. Puis, une fois arrivés devant la maison de Castelli, il a éteint le moteur... et a verrouillé les portières. Impossible pour son équipier de sortir. 
    Sentant la pression étreindre son coeur, Castelli a gardé les yeux rivés sur ses mains. Le silence s'est apesanti, s'étirant dans le temps, interminable.
    Enfin, Beltrame a pris la parole, faisant sursauter Castelli.
        –    J'ai compris, gamin : tu ne peux rien me dire. D'accord, mais ça ne signifie pas que j'arrêterai de te poser la question. Aujourd'hui, je te laisse te reposer. Laisse tomber l'affaire Rellik, c'est moi qui vais prendre la suite.
        –    Merci, murmure Castelli en se tordant les mains.
    Mais il sait que son collègue n'en a pas fini avec lui. 
        –    Cette journée est vraiment étrange, hein ? L'accident de voiture de Madame Rellik, le massacre de toute une famille, et une dame est morte empoisonnée dans un restaurant de luxe. C'est la journée la plus mortelle de notre ville.
        –    Empoisonné ? Répète Castelli, surpris.
        –    Ouais, on m'a prévenu il y a quelques heures seulement. Mais comme ça concerne un homme important... On a vite classé l'affaire, tu vois. C'est ce qu'on fait de mieux, classer des affaires pour le compte des plus puissants.
        –    Hmmm... 
        –    Bref, ce que je veux dire, c'est qu'il s'est passé beaucoup de trucs étrange aujourd'hui... Regarde-moi, gamin.
    Castelli s’exécute, plonge ses yeux dans ceux de son équipier.
    Beltrame le regarde longuement, intensément, comme s’il cherchait la vérité cachée au fond de ses yeux.
    Il semble attendre une réponse de Castelli, mais celle-ci ne vient pas. L'agent détourne à nouveau la tête, se contente de regarder par la vitre, en direction de chez lui. Il pense au cadavre qui pourrit dans sa salle de bains, à l'odeur insupportable, aux souvenirs de la chair qu'il a dû pelé, des organes qu'il a dû raclé, des os qu'il a brisé...
        –    Bon, je te laisse filer, gamin. Essaie de te reposer, et on reparle de tout ça demain, d'accord ?
        –    Hmmm...
    La portière se déverouille. Enfin.
    Castelli sort de la voiture, aspire goulûment l'air frais. Sans se retourner vers son collègue, il rejoint sa maison. Derrière lui, la voiture n'a toujours pas bougé.
    Il pénètre chez lui, referme la porte, et se laisse tomber au sol. 
    La voiture démarre alors, s'éloignant de la scène de crime.

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