Chapitre 40 - Miroir en bois d'ébène, dis-moi...

Je reconnus sans peine Pascal, ce quinquagénaire charismatique qui m’était passé entre les mains, sous l’œil pédagogique de Mélanie, il y avait déjà un mois et demi. Cela me semblait une éternité… J’étais curieuse de savoir s’il me trouverait changée, tout au moins dans ma façon de masser. Il avait choisi une prestation d’une heure qu’il souhaita que j’exécute seins nus. Ce fut donc la première fois qu’il vit ma poitrine.

Cet élément de comparaison avec mes débuts me permit de me rendre compte à quel point je réalisais mes massages avec facilité, presque sans y penser. Non pas que je me fusse mise à négliger les séances, mais j’avais d’autant plus d’aisance à personnaliser mes gestes et mes attitudes, que les aspects purement techniques étaient à présent rôdés. Je maitrisais ce que je faisais, suffisamment pour être attentive à l’aspect humain, au contact, à tous ces à-côtés qui me permettaient de mieux faire connaissance, quand le client se prêtait au jeu, ce qui ensuite dédoublait mon envie de lui faire plaisir en soignant la finition.

S’il parla peu tant qu’il fut sur le ventre, Pascal se trouva plus à loquace les yeux dans les yeux.

 

-Vous êtes encore plus efficace que la première fois, Lola.

-Vous dites ça parce que vous avez hissé la grand-voile.

 

Il rit.

 

-Non, non… Je me suis mal exprimé, alors. Le terme « efficace » n’est pas le bon. Vous massez encore mieux.

-D’un côté, c’est préférable, non ? C’était ma première séance !

-Oui. Alors disons que l’on sentait un potentiel dans vos mains qui s’est développé depuis.

-Moi aussi je sens entre mes mains quelque chose qui s’est développé, mais c’est pas un potentiel…

-Et j’aime beaucoup votre sens de la répartie grivoise, que vous cultivez l’air de rien.

 

Pascal était un bel homme, avec un physique loin des archétypes masculins tout en muscles saillants, que l’on nous vend dans les media. Il avait des aspects féminins, un charme félin, un regard pétillant et pénétrant, mais également des traits d’une grande finesse que les rides et l’âge faisaient mieux ressortir que ça ne devait être le cas vingt ans plus tôt. Son corps était souple, bien dessiné, et inspirait davantage la volupté que la virilité. Il savait s’exprimer, il savait sourire, il savait plaire.

J’en étais à quarante minutes et, sans avoir réellement entamé la finition, je me refusais à laisser son pénis au repos, et le sollicitais au détour de chaque mouvement.

 

-Au fait, Lola, puisque vous n’êtes plus habillée, je peux me permettre de vous caresser un peu ?

-Je me demandais quand vous alliez vous y mettre. J’ai failli me vexer.

 

Ses mains très douces se posèrent alternativement sur mes seins, dans le bas de mon dos, et se firent plaisir.

 

-J’ai revu Alessia, il y a trois semaines environ.

-Oui ?

-Je lui avais demandé de vos nouvelles, elle m’a dit que vous aviez beaucoup de succès.

-En effet. Hier j’ai massé toute l’équipe de France de natation, et demain on m’envoie un jet privé pour m’occuper de quelqu’un à la Maison Blanche, mais chut, je ne dois pas dire qui c’est.

-Vous cassez le Barack !

-Mais on fait de l’esprit, quand on est en érection, dites-donc !

-Je vous adore, Lola. Vraiment.

-Mais c’est normal, hein, vu ce que je suis en train de faire…

-C’est votre vrai prénom ?

-Autant qu’Alessia est le sien.

-Ça ne laisse plus que deux possibilités sur quatre.

-Vous en pensez quoi ?

-Ce ne sont pas les vrais.

-Et quels seraient les vrais, selon vous ?

-Je vois bien Alessia s’appeler Carla. Elle a quelque chose …

-De rital ?

-Oui. Pas dans la voix, elle a dû naître en France, mais ses parents, ou avant eux, il y a quelque chose qui m’évoque Naples, vous voyez ?

-C’est très précis.

-C’est le caractère, aussi. Le physique, un peu.

-Oui, quand même. Moi vous ne me situez pas vraiment sur les bords de la Méditerranée, j’imagine.

-Ah non, vous, ça serait plutôt la Baltique.

-Pourquoi pas l’océan Arctique pendant que vous y êtes ?

-Nous ne sommes plus à quelques degrés de latitude près.

-Et donc… Carla ?

-C’est purement subjectif, cela dit. Quoique non… Monica ! Voilà !

-Alors vu la taille des nichons, on est effectivement plus près de Bellucci que de Bruni.

-Vous me faites rire !

-Pas que rire, visiblement.

 

Je venais de me positionner sur le côté et avais empoigné la verge aux formes généreuses, la faisant bander et durcir au maximum.

 

-Non, pas que, en effet…

-Et pour moi, quel prénom ?

-C’est plus difficile, avec vous.

-Spontanément, comme ça, j’ai une tête à m’appeler comment ?

-Isabelle ?

-Oh ! Je vous laisse vous finir tout seul, hein, si vous me cherchez des noises.

-Vous n’aimez pas ce prénom ?

-Non, mais c’est pour d’excellentes raisons qui sont totalement de mauvaise foi.

-Autrement dit vous connaissez une Isabelle que vous ne supportez pas.

-Un truc du genre. Alors, un autre prénom ?

-Oui mais j’ai la pression, là.

-Je confirme…

 

Le sexe de belle taille palpitait entre mes doigts qui le serraient avec délicatesse mais fermeté. Mon pouce énervait le gland qui rougissait à vue d’œil.

 

-Euh… ça devient dur, là.

-Ça l’est depuis longtemps.

-J’adore ce double discours. Vous … aaaaaah…. vous excellez dans cet arrrrrrrrt.

-Respirez, Pascal, tout va bien.

-Maud.

-Maud ?

-Maud !

-J’aime ! Récompense.

 

Mes doigts se déployèrent tous les dix et caressèrent le gland luisant d’huile, dansant un ballet au rythme d’un concerto imaginaire venant de passer d’Adagio à Andante.

 

-Mmmh Lola… MMMmmmmmmmHHhhhhh

-J’allais le dire.

 

Je repassai en Lento.

 

-Visiblement, Maud ça vous plait.

-Pourquoi ce prénom ?

-Il m’évoque quelque chose de mystérieux. C’est un prénom soyeux, à consonance un peu étouffée. On imagine une femme sensuelle, discrète, sophistiquée.

-Et blonde ?

-C’est germanique, non, Maud ?

-Ich weiss nicht.

-Si… mais vous n’êtes pas d’origine germanique, vous.

-Ah non ?

-Je ne pense pas. Vous êtes trop joueuse.

-Joueuse comment ?

 

Ma main gauche pétrit les testicules, les malaxant comme pour en faire déborder les sucs. La droite remonta griffer la hampe, ongles dehors, mais se recroquevilla pour arriver sur le gland avec douceur, se refermant sur lui pour mieux y reprendre le ballet en Moderato.

 

-Comme çaaaaaaaaaaaaaaaaa.

 

Le travail sur les bourses tira la peau du sexe vers le bas, et mes doigts gondolèrent sur la base du chapeau qui prenait l’air sous mes yeux, tournant une fois, deux fois, accumulant les tours complets comme un enfant qu’on aurait laissé sur un manège jusqu’à ce qu’il attrape le pompon récalcitrant.

 

-Mmmh Lolaaaaa Nonnnnn …

-Si, si …

-Pfff … aaaarrrrr…

-Tout ça ?

 

Allegretto.

 

-LOLAAAAAA.

 

Stop.

Respiration.

Reprise.

Largo.

 

-Mais comment vous faites ?

-C’est ça, les Maud…

-Vous ne vous appelez pas Maud, n’est-ce pas ?

-Autant qu’Alessia s’appelle Monica.

-Je vous adore.

-Et vous avez bien raison.

-Lola…

-Pascal ?

-Je peux embrasser vos seins ?

-Allez…

 

Pascal déposa un chaste baiser sur mon mamelon droit. Ses mains me serraient au-dessus des fesses, pour me maintenir contre lui dans cet élan badin. Puis il chercha le gauche, plus éloigné, et sa barbe de trois jours frotta mon téton droit avant que sa bouche ne se pose et humecte le petit volume brun qui terminait avec grâce mon autre sein.

Mes mains reprirent le ballet. J’accompagnai la montée de sève de l’une, pendant que l’autre dansait sur la surface pourpre, comme un appel incantatoire. J’étais revenue à Allegretto. Pascal se concentrait sur mes seins, espérant faire diversion dans ses tourments, et gagner du temps sur l’issue fatale qui se dessinait.

 

Allegro.

 

Coordonnée au rythme de mon piano, la respiration de Pascal s’intensifiait. Le fumeur invétéré menaçait de lâcher son souffle avant de lâcher son sperme.

 

Vivace.

 

Mes doigts tapotaient la peau brillante dont les pigments tiraient sur le cramoisi.

 

Presto.

 

La main sur le tuyau d’arrosage venait d’ouvrir le robinet. Elle sentit passer un jet sous pression. Pascal se crispa, lâchant enfin mes seins, et se figea dans une attitude qu’on eût imaginée à Pompéi quand le Vésuve rappela sa loi.

 

Prestissimo.

 

Le ventre secoué de spasmes, Pascal sembla chercher la porte à ouvrir. Elle explosa sous la pression et un geyser blanc vint souligner mon point d’orgue.

 

-C’était un moment fantastique. Je reviendrai, soyez-en sûre. Et j’ai votre numéro en mémoire !

-Sous Maud ?

-Hélas non. Sous un prénom masculin, rapport à ma femme…

-Ah oui. Bonne idée. Et je m’appelle comment ?

-Euh… j’ose pas vous dire…

-Vous ne risquez plus rien maintenant que vous vous êtes rhabillé !

-Georges.

-Sortez !

 

Pascal sortit en riant.

Georges !

Georges !!!

Non mais allô, quoi…

 

Alexandre état un homme de passage dans la région pour son travail, et avait souhaité joindre l’utile à l’agréable en organisant une pause coquine loin de sa femme et de ses enfants, comme si la distance le déculpabilisait. Ce grand rouquin à la peau aussi blanche que la mienne était très maigre et semblait très impatient. Il ne prit pas de douche, il en sortait, et était venu directement depuis son hôtel.

 

-Vous ne massez vraiment pas nue ?

-Non je vous l’ai dit au téléphone.

-Bon… c’est dommage, le massage complètement naturiste c’est tellement sensuel.

 

Cette insistance ne me plaisait pas. Commencer un massage sur « c’est dommage » ne pouvait qu’être contre-productif. Il n’y en aurait que pour une demi-heure, je me lançai.

Alexandre resta silencieux pendant vingt-neuf minutes. Alors qu’il avait été en érection quasiment tout le temps, j’arrivai enfin à sa délivrance quand il me stoppa.

 

-Lola, arrêtez !

 

Je crus lui avoir fait mal.

 

-Qu’est-ce qu’il y a ?

-Je vais le faire moi-même.

-Ça ne vous plait pas, ce que je fais ?

-Si, au contraire.

-J’ai pas compris, alors.

-Ça m’excite de me branler devant une femme.

-Ah…

-J’avais cherché une escort mais sans en trouver à cette heure-ci. Donc je me suis rabattu sur une masseuse. Pour vous ça ne change rien, pas vrai ?

-Euh non… Et donc quand vous couchez avec une escort, vous faites la même chose à la fin ?

-Parfois je passe l’heure entière à me masturber et elle me regarde.

 

Il me racontait ça très détendu, la main empoignant son sexe dans une branlette énergique. Je l’avais mené à quelques sensations du point de non-retour. Il ne lui fallut donc pas longtemps pour l’atteindre de lui-même. Il me regarda droit dans mes yeux vides de toute expression, ouvrit la bouche, et se fit éjaculer en me disant :

 

-C’est pour vous, c’est pour vous !

 

Trop aimable.

Non mais allô, quoi…

 

J’avais gardé un souvenir très fort de Thierry, ce prof de fac extrêmement sensuel, qui m’avait caressée tout le corps, idolâtrant mes seins auxquels il s’était agrippé pendant la finition, quasiment en position assise, finissant même par s’éjaculer sur le menton ! Au-delà de l’anecdote, c’était quelqu’un de très agréable et d’intensément tactile, sans que jamais je ne me fusse sentie en danger, à tel point que j’avais donc accepté le body qu’il souhaitait, et qui serait mon troisième.

J’étais entièrement nue quand il s’installa sur la table.

 

-Lola… quel corps… vous êtes somptueuse.

 

Le massage fut très vite d’une grande intensité. Avant-même que je ne glisse sur son dos, seins en avant, je ressentis sa sensualité me traverser. Certaines personnes dégagent une sorte de magnétisme avec lequel il arrive que l’on soit en phase. Cela avait déjà été le cas pour Nicolas, dont les élans de tendresse m’avaient conduite à aller très loin dans la promiscuité. C’était le cas avec Thierry. Il m’eut été possible de me questionner, pour comprendre ce qui résonnait en moi en face de ce genre de clients. Mais dans l’immédiat j’étais dans le ressenti le plus pur. Quand je me penchai par-dessus sa tête et son dos, les cheveux bruns de Thierry effleurèrent mon sexe nu, et ma blondeur foncée se mélangea à eux, fusionnant subitement en une entité mordorée de sexe indéterminé. Ses mains vinrent se poser sur mes fesses avec tact, déclenchant quelques frissons.

Enfin, j’exécutai mon saut périlleux, et mes tétons glissèrent sur son dos. J’emprisonnai une de ses jambes entre les deux miennes, ce qui eut pour effet de positionner mon sexe contre l’arrière de sa cuisse. Le frottement que j’imposai dans mes allers et retours lascifs se traduisit en sollicitations voluptueuses contre mes chairs de femme. Je sentis les signaux clairs que mon corps commençait à m’envoyer et changeai de position. Je terminai cette première moitié le corps entièrement allongé sur le sien, ma main caressant son entrejambe, un pénis comblé au creux de la paume.

 

J’aime les hommes qui sont c’qui peuvent

Assis sur le bord des fleuves

 

Une fois sur le dos, Thierry redevint le client passionné qui vénérait le corps féminin, et dont les mains s’adonnaient sans relâche à ce culte. Où que je me plaçasse, il réussit à me toucher, m’effleurer, me caresser, que ce fût un sein, une hanche, la nuque, une fesse ou le dos. Son sexe ne connut pas de repos, excité autant par le massage que par la surenchère tactile à laquelle Thierry se livrait. Quand vint pour moi le moment de remonter sur la table, la température atteignit des ordres de grandeur caniculaires. Mon corps fin se coucha sur le sien, et les peaux s’accueillirent, mélangeant leurs huiles. Mes cheveux balayèrent son visage et, à chaque fois que mes yeux revenaient à hauteur des siens, ils pouvaient y lire un désir d’une ardeur qui eût fait rougir la plus avertie des libertines. Je sentais sa verge dure tracer son sillon sur mes cuisses. Ses mains inquisitrices se rapprochèrent de leur fantasme suprême, sans passer la ligne de démarcation, mais irrésistiblement attirées par la nudité de mon sexe, là, incroyablement près, à leur portée. Ma bouche frôla la sienne, et je sentis sa respiration sur ma peau, derrière le rideau blond de mes cheveux en cascade. Mes seins avaient durci, je ne pouvais plus m’en cacher, et deux petites pointes fermes et acérées par l’embrasement de l’atmosphère, tracèrent leur route de fausse candeur sur son buste. Ses mains étaient sur mes fesses et sur l’intérieur d’une de mes cuisses, marquant leur chaude présence pendant que mes seins continuaient d’exciter tout le monde en cajolant le cuir satiné de cet homme dont le regard embué trahissait l’ivresse.

 

-J’ai envie de toi, Lola…

-Je sais.

 

Mes seins remontèrent jusqu’au visage de Thierry, et sa langue veloutée caressa les tétons dressés qui n’en demandaient pas tant pour envoyer des messages inflammables à l’attention de mon ventre. Les mains expertes cajolèrent le bas de mon dos, roulant sur mes fesses, adoubant leur rondeur, en rêvant de passer devant et de pénétrer les sacro-saints espaces confinés, tapis dans l’ombre de l’Origine du Monde.

 

-Lola…

-Chuuuut.

 

Je descendis tout en bas de la table, et pris la verge entre mes deux seins. A califourchon au-dessus de lui, mon corps imprima des va et viens, et son sexe coulissa dans le minuscule tunnel que mes mamelons réussirent à former, comprimés par mes mains, créant un décolleté que jamais aucun push-up ne réussirait à reproduire, à l’intérieur duquel Thierry s’enivra de bonheur.

 

-Oh Lola….

-Laisse toi aller.

-J’aimerais tant être en toi...

-Je sais.

-Rendre hommage à ton corps. L’honorer.

 

Même sa voix dégageait de la sensualité. Son timbre chaud était comme une enveloppe qui colorait de luxure le miel des mots lâchés comme des promesses de plaisir. Mon esprit se troubla. Ce n’étaient plus seulement mes seins qui me lançaient, appelant un masculin réconfort. Mon sexe avait commencé à lancer quelques flèches qui venaient piquer mon bassin et mon self-control. Il était urgent que ça se termine.

 

Ils regardent s’en aller dans la mer

Les bouts d’bois, les vieilles affaires

 

J’accélérai mes gestes. Ma main droite vint en renfort, caressant le pénis sur toute sa longueur, le gland coincé dans l’étau de ma poitrine. Je sentis ma proie devenir fébrile. Il implora encore une fois.

 

-Lola … laisse-moi te faire jouir… te caresser également…

-Ne pense plus à rien, laisse-moi faire.

 

Thierry ne sut jamais à quel point il était passé tout près de me faire craquer. Mes lèvres avaient commencé à perler quand sa tiède semence se répandit entre mes seins.

 

Après que je nous eus essuyé tous les deux, Thierry partit à la douche. Je m’assis sur le bord de la table de massage, jambes au sol reposant sur mes talons aiguilles, dans la plus totale nudité. Mon bras gauche tendu me maintenait sur la table, tandis que je glissai ma main droite entre mes cuisses. Mes doigts trouvèrent un sexe moite, et le pénétrèrent. D’abord un seul. Puis un deuxième. Mon bassin envoya des assauts vers l’avant, manquant me faire glisser de la table contre laquelle je reposai dans un équilibre précaire. Je fermai les yeux, écoutant la douche pour être sûre que Thierry ne risquait pas de sortir de la salle de bains. Saturés des images, des sons et des odeurs d’huile de l’heure écoulée, mes sens hurlèrent leur besoin d’extase. Ma main gauche prit le risque d’abandonner son rôle de soutien sur la table, et vint se plaquer contre mes seins gonflés. Deux doigts pincèrent un téton. Puis l’autre. Puis revinrent sur le premier, le caressant, tournant autour, pinçant à nouveau avec douceur, comme aspirant les vagues de plaisir qui montaient dans mon vagin. C’était la première fois que je me masturbais quasiment debout. Je visualisai mentalement la scène, et cette seule représentation déclencha mon orgasme.

 

Quand Thierry sortit de la douche, je m’étais rhabillée. Il en fit de même en silence, puis se redressa après avoir noué ses lacets.

 

-Lola…

-Thierry ?

-Je suis désolé, je me suis emporté.

-Ne sois pas désolé, tu n’as rien fait de mal. Ce n’étaient que des mots.

-J’ai cru… que tu en avais envie aussi.

-C’est le propre des body de provoquer cette proximité qui peut induire en erreur.

-Peut-être oui. Mais tu étais … tellement intense !

-A ce point ?

-Oui. Avec Alessia, ça n’atteint pas ces sommets.

-Vraiment ?

-Oui, ce n’est pas du tout une critique vis-à-vis d’elle. Mais c’est pour ça qu’à un moment dans ma tête c’est devenu un peu ambigu, et que j’ai vraiment eu envie de toi. Je ne voulais pas te choquer.

-C’est bon.

-En même temps…

-Oui, quoi ?

-Disons pour être franc, que si je n’avais pas tenté, j’aurais eu des regrets.

-Et là tu n’en as pas ?

-Que tu aies dit non, si.

-Tu ne trouves pas qu’un tel moment c’est meilleur que le sexe ? Se laisser faire, c’est délicieux, non ?

-Oui, mais un tel corps à corps évoque tellement une étreinte que c’est difficile de ne pas en avoir le désir.

-Je comprends, oui.

-Tu ne m’en tiendras pas rigueur ?

-Pas du tout.

 

Thierry me fit une bise et quitta le salon.

 

Dans le tram, je revécus la scène mentalement. Qu’est-ce qui avait dégénéré ? Était-ce moi ? Était-ce indépendant de moi ? Une sorte d’accident, de dommage collatéral à tant d’érotisme mis en scène ? J’avais eu envie de lui. C’était inutile de le nier. Cela m’était déjà arrivé de ressentir des frissons de désir. Avec Nicolas, ou Kevin, par exemple. Thierry avait un peu le profil de Nicolas : énormément de tendresse, de sensualité, une immense gentillesse qui donnait envie de lui faire plaisir au-delà de ses espérances, puis les sensations qui prennent le dessus, et lorsque mon propre corps devient autonome il est trop tard.

 

J’aime les regretteurs d’hier

Qui trouvent que tout c’qu’on gagne on l’perd

 

Mélanie m’avait adressé de multiples mises en garde. Elle-même avait été attirée par Adrien pendant que je massais Kevin, mais c’était une simple attirance vis-à-vis d’un beau gosse, et elle ne résultait pas d’une pratique mal canalisée de ses propres massages. Mais cette proximité faisait partie de ma façon de masser. Je ne voyais pas comment rester distante pour me protéger de moi-même.

La vraie question qui cheminait en moi peu à peu, était de savoir à quel besoin intime ces glissements vers les jeux dangereux répondaient-ils. Au besoin de plaire ? De me rassurer sur mon pouvoir de séduction, éternelle marâtre effrayée qu’une Blanche-Neige pût la dépasser ? A celui de créer tellement de plaisir chez le client, qu’il déboucherait sur de la frustration, exactement comme ce qui venait de se produire avec Thierry, comblé par l’intensité de la séance mais mal à l’aise néanmoins ? Était-ce une façon de punir les mâles, en répondant à leur attente libidineuse, tout en créant un autre manque plus vif encore ? Était-ce la manifestation du plus brutal des narcissismes, l’excitation générée chez moi n’étant que le reflet du désir que j’inspirais à ces hommes, comme si Narcisse lui-même s’était affranchi du fleuve pour se noyer directement dans le regard amoureux d’Echo ? Je n’allais tout de même pas entreprendre une psychanalyse pour éviter de coucher avec un client !

La pensée froide et pragmatique qui me vint alors dans une implacable logique, m’effraya bien davantage que toutes les questions précédentes laissées sans réponse.

 

Je n’allais quand même pas me taper un client pour seulement le prix d’un massage !

 

Non mais allô, quoi…  

 

Ça met dans leurs yeux un air,

De savoir que tout va dans la mer,

La jeune fille adoucie des soirs de verre,

Les bateaux, les avions de guerre,

La beauté d’Ava Gardner

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