Inspiration

Sabine ouvrit son document. Depuis une semaine, elle s'arrachait les cheveux sur ce simple constat : Léo et Léa devaient tomber amoureux. Elle écrivait une romance, un truc mignon que les gens pourraient lire sur leur transat, à la plage. Elle ne voulait pas produire un chez-d'œuvre, seulement remplir son contrat qui l'obligeait à fournir un nouveau texte à son éditeur dans... deux mois. Et jusqu'à présent, les deux imbéciles passaient leur temps à se disputer pour tout et n'importe quoi. Léo faisait un geste de travers, et paf, Léa partait au quart de tour. La veille encore, Sabine avait supprimé tout un dialogue portant sur le dîner du soir. Comment pouvait-on se disputer pour des sushis ? S'ils continuaient, elle allait devoir user de la méthode forte. Elle avait commencé à rédiger un autre portrait-robot d'héroïne de romance. Léa ne le savait pas, mais si elle ne faisait pas un petit effort, son Léo rencontrerait à son prochain cours de droit une fille brune et timide, qui, elle, comprendrait que les meilleurs makis étaient les saumon-avocat, pas ceux au fromage. 

Sabine tapa deux paragraphes. L'avantage des disputes incessantes dans les couples, c'étaient les réconciliations... Elle pouvait toujours remplir une page ou deux de promesses vides et de bons sentiments. Elle travailla une grosse heure, puis se leva se préparer son thé. Les choses avançaient ; Léa avait enfin accepté de venir dîner chez le futur homme de sa vie. 

Un coup d'œil dans la chambre de sa fille lui apprit que Laura dormait toujours, serrant sa peluche préférée entre ses bras. Sandrine se prit à sourire. Son prochain roman, décida-t-elle, serait au sujet d'un jeune couple et de leur enfant, rien d'extraordinaire. Peut-être qu'au début, les parents seraient sur le point de divorcer, mais qu'un évènement imprévu les forcerait à déménager dans un endroit inconnu, où ils seraient obligés de "se retrouver" et "se reconnecter à leur famille". L'enfant, bien sûr, serait un petit ange, drôle et curieux. 

Elle soupira, but une gorgé de thé. Encore trop chaud. Elle posa sa tasse près de son ordinateur et relut son travail. Pas si mal, pour une fois. Elle croisa les doigts pour que rien ne dérape pendant le dîner. Elle s'appliqua : Léo ne devait rien faire brûler, ni oublier que Léa était allergique aux œufs, au risque que la soirée romantique ne finisse aux urgences. 

Quand ils commencèrent à se contredire sur le nombre de sucre à mettre dans le café, Sabine ferma le clapet de son ordinateur. Ça suffisait pour aujourd'hui.

On avait beau dire que les conflits étaient la base du récit, trop, c'était trop. 

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