LARGUER LES AMARRES ! ~ Partie 1

Notes de l’auteur : En route pour les préparatifs d'une séance photo peu commune...

Bonne lecture <3

     — ... Pas trop grand pour toi ?

Depuis une petite demi-heure, June s’occupe de ma personne avec diligence. Si elle exerce son rôle avec un emballement efficace, ce n’est pas mon cas. Plongée dans le sous-sol de ma mémoire, émergent des souvenirs portés en terre par mon chagrin. Les images s’amoncellent, réveillant la petite Arizona, autrefois inconsolable. Je ne souhaite pas que la fillette que j’étais ravive la souffrance psychologique, éteinte par un long - très long - processus du deuil. J’ai tout traversé ; la colère, la tristesse, la résignation, l’acceptation jusqu’à ma reconstruction. Mais je décide de ne pas lui barrer complètement l’accès. Je l’autorise, avec prudence, me rappeler un bon moment.

Comme un rêve conscient, je reconnais la paire de souliers vernis ballottant sur la poitrine de l’homme. J’adorais ses chaussures parce qu’elles avaient un tout petit talon me donnant le sentiment de ressembler à une dame. Cette journée-là, nous étions au deuxième jour de notre semaine dans le Finistère. Nous longions le quai du port de pêche de Concarneau, la main de ma mère dans celle de son mari et les miennes encadrantes la mâchoire de mon idole. Il était hors de question de salir mes beaux souliers, alors mon père m’avait fait grimper sur ses épaules sans aucune résistance. Que cette petite fille de six ans s’amuse déjà à jouer les grandes le faisait sourire. J’adorais les bateaux, sûrement car il en était lui-même passionné. Nous circulions entre les pontons, et comme souvent, nous tentions de deviner l'origine de leurs noms. On inventait, chacun notre tour, une histoire quant au choix d’appellation de ces navires. Rares étaient ceux ne possédant pas de jeux de mots. Ma mère filmait son époux au caméscope aussitôt partait-il dans ses explications, incollable sur le style de pêche correspondant aux différentes embarcations. Elle n’avait rien loupé d’enregistrer lorsqu’après la salutation de marins amarrant à quai, l’un d’eux m’avait proposé de l’aider à attacher les cordages sur les anneaux d’amarrage.

— Je ne sais pas où tu es, mais certainement plus avec moi.
— Excuse-moi, tu disais ? appelé-je June à renouveler ses propos.
— Je demandais si le ciré n'était pas trop grand pour toi ?
Je cligne plusieurs fois des paupières, raccroche mon attention au moment présent et analyse ses mots.
— Je pense que la taille est correcte. Par contre, les bottes en caoutchouc sont un peu grandes.
— Tourne sur toi. La cotte à bretelle tombe mieux que les deux précédentes. J’ai acheté des semelles, regarde dans le fond du sac. Essaye avec et dis-moi ce que ça donne.
Dans quoi ai-je accepté de participer ? Franchement, de quoi ai-je l’air ? Je baisse les yeux sur l’ensemble du ciré jaune et tire un constat amer. J’ai l’air d’une plaisanterie de haut vol !

— Tu as fière allure, Arizona.
J’entends les éclats de rires doux-amers de ma fierté ricocher dans mon crâne. Elle semble sincère, pourtant...
— À moins que tu ne cherches à nous en convaincre, je ne vois pas de quoi être fière.
— Au contraire, contre-t-elle, il y a des femmes qui portent très bien la cotte.
— Évidemment ! Ces femmes-là ne se déguisent pas, elles exercent leur métier. Dans cet accoutrement, je ne leur ferai pas honneur, je leur ferai honte. Can aurait dû caster des égéries dont la profession transpire dans leur savoir-faire, c’est tout ce que j’en dis.
— Mais c’est toi qu’il a choisi. Alors file essayer les bottes avec les semelles, puis tu pourras remettre tes vêtements. Tout ce qui te va, met le de côté. Ensuite, viens t’asseoir ici, je m’occuperai de ta mise en beauté.

— Mais c’est toi qu’il a choisi. Alors file essayer les bottes avec les semelles, puis tu pourras remettre tes vêtements. Tout ce qui te va, met le de côté. Ensuite, viens t’asseoir ici, je m’occuperai de ta mise en beauté.

Je réitère mes pensées, à mon sens, m’utiliser comme visuel marketing présage un support publicitaire foireux. Toutefois, j’ai donné mon accord à l’Aventurier. Sans compter qu’il n’y a pas que ma petite personne impliquée dans ce projet photo, mais également une tatoueuse trop bavarde et un marin pêcheur ne sachant pas encore dans quel bourbier il a accepté d’embarquer son navire. Aussi, je prohibe fermement mon cerveau, son envie de me signaler qu’à plus grande échelle, c’est toute une agence de pub qui a fondé ses attentes sur mon image.

— Nuit agitée ? elle demande lorsque je m’assois sur une assise pivotante, une fois m’être revêtue de vêtements bien plus adaptés à mon apparence.

Devant moi, me fait face un miroir, une tablette sur roulettes et un étalage de produits de soins, palettes de maquillage ainsi qu’un kit professionnel contenant des pinceaux, le tout dans un grand étui.

— Ça expliquerait cette échappée à chaque instant dans la lune, reprend-t-elle, l'air de rien, mais dont le sourire sous-entend une allusion.

— Pas du tout ! m'offusqué-je. Mes nuits ressemblent à des siestes. Mes journées se remplissent d’un emploi de serveuse sans aucune expérience ou d’imposture, si l’on en considère ma future activité de mannequin. Je ne saurai même pas dire depuis quand ce voyage s’est détourné de son plan initial. En tout état de cause, Can n'a absolument rien avoir là-dedans.

Faux. Il a une grande part de responsabilité. Mais rien de ce qu’elle sous-entend. Non mais franchement, d’où lui sort insinuation pareille !

— Je n'ai rien avoir avec quoi ?

Pile au moment où son prénom fuite de ma bouche, l’Aventurier - aux abonnés absents - pointe le bout de sa barbe. Le sachant depuis notre arrivée, accroché à son téléphone en dehors du bâtiment, j’estime ce genre de coïncidence totalement déloyale.

— Je demandais à cette ronchonne ce qu'elle avait bien pu faire de sa nuit pour paraître aussi distraite. Mais, apparemment, tu n'es pas tenu pour responsable... argumente-t-elle d’un clin d’œil évocateur. Plus sérieusement, la tenue est OK et un défaut de pointure, réglé. Une exigence particulière pour sa mise en beauté ou tu me laisses totale liberté ?

Can exerce un mouvement de rotation sur le fauteuil si bien qu’il dispose pleinement de la toile vierge de mon visage. De sa main droite, il courbe son index, le dépose sous mon menton et oblige ma tête à s’incliner vers l’arrière.

— Le grain de sa peau est lisse et sans défaut majeur, utilise une crème hydratante et perfectrice de teint. Réchauffe-le légèrement avec une poudre de soleil. Pas de fard à paupières, travaille juste ses longs cils et l’amande de ses yeux. Son regard naturellement attractif doit se magnifier à un tel niveau de fascination, qu’aucun individu ne devra être en mesure d’y détacher le sien.

Je tente de ne pas déglutir sous la montée d’une salivation excessive, sans quoi il verrait l’effet qu’il me fait dans l’état actuel des choses. Celui où son pouce rejoint son index sur mon visage, à destination d'effleurer ma lèvre supérieure.

— Pour la bouche, ourle au crayon le galbe de ses lèvres avec une couleur ton sur ton et dirige toi sur un rouge à lèvre nude mat.

Le blush encore dans son emballage, connu pour sa marque appréciée, est un produit onéreux à qui possède mon compte en banque d’étudiante. Un luxe dont je ne vérifierai pas la qualité (Comprenez : l’intervention de l’Explorateur et sa manière d’aborder les traits de mon visage a suffi à colorer mes pommettes. Les enflammer serait un terme plus exact).

— C’est... très détaillé et largement réalisable. Pour la coiffure ?

— Je me charge de ses cheveux. Je vais devoir m’absenter le temps d’une course. Moins de vingt minutes devrait suffire avant mon retour.

— C'est toi le patron. Tu entends, Arizona ? Tu vas pouvoir me rendre le pinceau victime du massacre de tes doigts, il s'en va...

J’ai envie de me faxer dans le siège. Non, j'appelle de tous mes vœux à brûler vive la tatoueuse au moyen de mon regard incendiaire. Les gens de ce continent n'ont vraiment aucun filtre ?

Can à l'intelligence de m'observer bouillir sans témoigner la moindre remarque. Aussitôt il quitte les lieux, je ne peux m'empêcher d'en faire une à la grande prêtresse de mon embarras :

— Elly Wyatt, ça te dit quelque chose ?

— Inconnue au bataillon, ricane-t-elle au son tranchant de ma voix.

— C'est bien dommage, vous avez pourtant beaucoup en commun. Comme cette faculté d'appuyer sur l'interrupteur de l’embarras. C'est inné chez les Californiens de commencer les bases d'une bonne relation par le bizutage ?

June ouvre de grands yeux avant d’exploser de rire.

— Je comprends pourquoi il est attaché à ta présence. Et quand je dis il, je parle de Can, que les choses soient claires. Si ton physique dépeint ta douceur, il abrite un humour vif ! Tu es aussi drôle qu’impérieuse de caractère. Il doit savourer chaque moment en ta compagnie. Écoute, je suis désolée si parfois, j'ai tendance à ne pas retenir mon humour douteux. Mais crois-moi si j'affirme être sa réaction à lui que je guettais.

— Pourquoi tu ferais ça ?

— Tu comprends vite, mais faut t’expliquer longtemps. Tu as entendu mes propos sur le fait qu'il t'aimait bien ? Je le connais depuis assez longtemps pour piger qu'il t’apprécie. Apprécier dans le sens « je la mangerai bien au petit-dej et finirai les restes au dîner ». Sans déconner, Arizona, ne fait pas ce regard scandalisé, tu poses officiellement pour lui. Pour une campagne de grande ampleur qui...

— On a passé un marché ! tranché-je sèchement. Je l'aide pour sa campagne, en contrepartie, il m'aide à réaliser une liste d'activités ridicules pendant mon séjour.

J’ai préféré la couper dans son élan avant que mon cœur ne se fracasse davantage contre mon thorax. Qu’Elly parvienne à me convaincre de ses pensées farfelues est une chose, mais qu’une personne de l’entourage de Can s’y mette aussi en est une autre. Beaucoup plus terrifiante.

— Et qui des deux a proposé cet arrangement ? Tu ne dis plus rien ? C’est bien ce qui me semblait... Je suis peut-être la seule femme de cet univers imperméable à son charme, mais je sais l’impact qu'il peut avoir sur les autres. Euh... Ça va ? Tu as l’air de souffrir d’une crise de spasmophilie. Attends, je planque toujours une bouteille de vodka dans le tiroir du bas. Qu'est-ce que t'en dis, on se fait un shooter ?

J’ai toujours rêvé d’avoir le pouvoir de guérison. Avoir juste à poser la main sur une douleur pour qu’elle disparaisse. Douleur ou maladie. Comme un cancer, au hasard... Mais tout de suite, je rêverai de figer le temps ! D’un geste de la main, je pourrais mettre un arrêt sur cette scène et stopper la langue trop pendue de la tatoueuse. Trop de choses se mélangent pour un trop petit espace dans mon cerveau, ne formant qu’un esprit en perdition. Mes méninges subissent une activité cérébrale intense. Ce n’était déjà pas simple avant ce voyage et c’est malheureusement loin de s’arranger. Cette ville et ses habitants vont réussir à me faire perdre la tête !

— Merci, mais non merci.

— Tu as raison, pouffe-t-elle, il m'enlèverait probablement ma licence d'exercer. Blague à part, rassure-toi, Can est vraiment doué pour la photographie. Il va faire ressortir tout ce qu'il y a de beau chez toi. Mais pour l’heure, c'est à moi que revient cette tâche !

Cette nana doit être le double spirituel de l'effroyable Elly Wyatt.

 

June est particulièrement douce dans ses gestes. C’est la première fois que quelqu’un me maquille avec une certaine technicité. C'est agréable. Bien décidée à accomplir la requête de Can, elle ne parle plus que pinceau biseauté, recourbe cils et contouring. Dix fois plus relaxant que la conversation précédente. Un instant de détente de courte durée par le déclenchement du carillon.

— Ton modèle est à toi, j'ai terminé. Tu peux ouvrir les yeux et te regarder, Arizona. Cariño, tu me files quelques dollars, je vais te laisser m’offrir un Latte Machiatto et un Americano pour Charly.

— Il déteste l’espresso, June.

— Je sais ! Hier, ce connard a mis une araignée en plastique dans mon café, tandis qu’un putain de client BG[1] me faisait du gringue ! J’ai réagi si violemment que le gobelet s’est déversé sur ledit putain de client BG[1] ! Je n’ai pas uniquement perdu le projet, mais aussi la chance de tatouer un pectoral divinement ciselé.

— Il a écopé du client et du bocal de pourboires, conclut Can, un mince sourire aux lèvres.

— C’était excellemment bien joué ! Je compte bien récupérer les pourliches de la journée et tous les piercings des gros nichons des prochaines semaines ! Alors, tu me files de la thune ou tu vas me condamner à ma déchéance ?

Le Cariño lâche un soupir dans mon dos et cherche dans la poche de son jean de quoi satisfaire son associée. Dès qu'elle est en possession de son pourboire, elle débarrasse le plancher, me laissant seule avec un Cariño ôtant sa veste. Un Cariño me soumettant à la vision dans le miroir de ses bras musclés accessibles par la grâce d’un marcel noir. Ensuite, Cariño s'accroupit, règle ma hauteur avec la poignée accrochée au piétement en métal chromé et inspecte mon reflet. De longues secondes. Longues, longues... secondes.

— Est-ce que... le résultat te convient ? chuchoté-je.

Son regard scrute, analyse et paralyse. Pareil à un médecin qui ausculte sans un mot, il ne semble pas pressé à partager son avis.

— June peut s'avérer être la numéro une des emmerdeuses, mais ce n’est pas son meilleur talent. Elle est douée pour l’esthétisme, autant dans la création de ses tatouages que dans le make-up artist.

— C'est marrant, elle dit la même chose de toi.

— Que j’ai le talent d’un emmerdeur doué dans le make-up ?

Dans le miroir, je croise son rictus et des prunelles lustrées de taquineries.

— Que tu es doué pour la photographie.

Je souris à mon tour. Lentement, il retire l'élastique retenant mes cheveux rassemblés en un chignon et le glisse entre ses dents. Il dépeigne légèrement quelques mèches puis plonge la pulpe de ses doigts jusqu'à la rencontre de mon cuir chevelu. Ses mains inclinent la sommité de ma tête vers l’arrière, puis décollent sensiblement la peau de mon crâne sous une pression précise.

— Tu es tendue, je le sens dans la raideur de ta nuque. Il existe des points sensibles sur lesquels se concentrer pour relâcher la pression, le tout est de connaître leur position.

Je devrais me crisper plus encore, à raison qu’il occupe la cause essentielle de mon état frappé d’une grande tension nerveuse. Me toucher comme il le fait devrait m’être pénible. Ça l’est, mais étrangement, mon corps apprécie plus qu’il lui soit contraignant.

— En te massant le sommet, enchaîne l’Aventurier aux doigts d’argent, je dois pouvoir te procurer une sensation de bien-être. Les zones situées ici, derrière tes oreilles ou bien... à cet endroit sur ton front, permettent de soulager les tensions.

Les fibres de mon corps semblent se décontracter, si bien que mon dos prend lentement congé sur le torse du biker. Mon bien-être s’exprime par un frisson partant de la racine de mes cheveux et parcourant le reste de ma peau d’un voile de chair de poule. Les paupières closes, un soupir d'aise s'échappe de ma bouche entrouverte.

— J'ai cru comprendre que ma présence te rendait nerveuse.

Il ne me pose pas la question, il discute un constat. Can a toujours été direct quant à s'adresser à moi. Aujourd’hui ne fait pas impasse. Mais me grattouiller la tête a des allures de tactiques, un moyen astucieux de me soutirer des informations. Il n’y a qu’à observer la manière dont mon corps s’en remet à lui, je ne suis plus qu’un pantin désarticulé. Comme s’il percevait mes facultés d’attention sombrées sous ses pressions expertes, il cesse tout mouvement. Métaphoriquement, comparez ça à la stratégie de faire boire quelqu’un juste assez pour que sa langue se délie, mais arrêter juste avant d’endormir sa conscience.

— C'est possible... prononcé-je à mi-voix.

Il soupire et coupe le contact physique entre nous.

— Mets-toi debout et regarde-moi, Arizona.

J’ouvre les yeux et serre les poings si fort entre mes cuisses que la jointure de mes phalanges blanchit. Sans empressement, je me lève et me place face à lui.

— Ça cogite tellement là-haut, soutient-il d’un doigt pointer vers mon crâne, que je pourrais presque entendre tes pensées.

— Je ne préférerais pas...

— Rassure-toi, j'ai aussi des talents, mais celui-là n’en fait pas encore parti, lance-t-il derechef.

— Tu vois, c'est exactement ça ! Tout me ramène à penser que tu cherches à m'intimider ! Tu... tu apparais le plus souvent de nulle part, tu as conscience... me faire perdre mes moyens comme tu sais que ça me fera partir dans un flot de paroles sans que je ne puisse m'arrêter une seconde pour reprendre mon souffle. Tu veux des réponses, mais n’en donnes aucune sur ton attitude. Un homme parfaitement insondable. Un mystère.

— Penche la tête en avant, prononce-t-il doucement.

Voyant que je n’en fais rien, il se répète :

— Penche la tête en avant et ne t’arrête pas de parler.

Ces pensées nuisent à mon esprit déjà complexe. J’ai l’impression d’avoir passé des jours sous la torture psychique du cas de l’Aventurier. Je ne les retiens plus. Les libérer débarrasse ma conscience de son trop-plein de lui. J’ai bon espoir qu’une fois les avoir lâchées à haute voix, il me sera possible de dormir sans qu’il ne cesse d’intervenir dans mes rêves. Saisie d’une colère sourde, je serre plus fort mes poings, m’oriente tête en bas et monte d’un cran le volume de ma voix :

— Je suis quelqu'un contraint à un environnement calme et rassurant, sans quoi je perds l’usage de mes capacités ! Mais depuis que Can Özkan est apparu, tu... tu fiches en l'air mon équilibre ! Ce voyage représente un enjeu personnel hautement important pour moi, tu comprends ? Pour une raison que je n’explique pas, il a fallu que tu envahisses l'espace personnel de la seule personne qui ne te l'a jamais demandé ! Pourtant, je remarque bien comment les gens d'ici font tout pour attirer ton attention. Tu es pour eux une sorte de coqueluche, ou je ne sais quelle figure à laquelle ils inspirent s’identifier. À croire que la petite française est bien plus récréative entre deux excursions.

S’il pense me rendre nerveuse, il est désormais informé que le mot était faible. Ses gestes vaporisent de la laque dans ma chevelure, puis l’ébouriffent en décollant la racine avec ses doigts.

— Renverse ta tête en arrière, demande-t-il d’un calme olympien.

Ce que j’exécute, cette fois. Une crinière flattée de volume retombe en cascade sur mes épaules. Je m’attache à observer sa prochaine réaction. Une fois n’est pas coutume, il ne laisse rien transparaître. Néanmoins, j’estime avoir fait ma part du contrat. Si le silence doit à nouveau se rompre, ce ne sera pas par mon initiative.

Visage concentré, il discipline mes cheveux sans aucune riposte sur ses quatre vérités et ce même si je m’applique à préserver mon air tempétueux. J’en viens à me demander si j’ai réellement ouvert la bouche ou si cette scène n’était qu’un cri du cœur joué dans ma tête.

— Si je comprends bien, tu te prétends concerner par mes tourments, mais n’en as que faire ? le sondé-je d'une intonation plus navrée que je ne l'aurais voulu.

Je sais ce que j’ai dit ; ne pas consentir à reprendre la parole. Comme je sais ne pas le supporter ; ce laps de temps sous silence, pesant et frustrant de l’attente d’une réponse finalement inexistante.

Après une longue inspiration, je secoue la tête, las. J’n’ai pas le temps d’atteindre une échappée à l’encontre de son contact, ses paumes se plaquent sur les lignes de ma mâchoire et grignotent l’écart imposé par mon découragement.

— Au contraire, Championne... souffle-t-il proche de ma bouche, ses mains solidement aplaties sur mon visage. J’ai mémorisé chaque syllabe, mais je ne me contenterai pas de la face cachée de l’iceberg. Maintenant que tu acceptes de jouer franc-jeu, assure-toi d’aller chercher la vérité plus loin en toi. Va t’installer et démarre le pick-up, je récupère les équipements. Nous prenons la route du port de Monterey.

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[1] « BG » abréviation de Beau Gosse.

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Papayebong
Posté le 24/06/2024
Bonjour Joy !
Bon, que dire? Déja que j'ai tout lu d'une traite (et que je suis frustrée de ne pas avoir la suite, mais ça c'est le jeux ma ptite lucette).
Même impression qu'à mon premier commentaire, je trouve ton histoire drôle, mordante et annonciatrice d'une fin sucrée/salée. J'ai ri et même versé une petite larme quand Arizona parlait de son père.
J'aime beaucoup les protagonistes mêmesi j'ai vite oubliée à quoi ils ressemblaient, sauf Can qu'on dépend sous toutes les coutures.
Mais je trouve qu'on perd un peu de vue l'objectif d'Arizona, qui est ? Il lui reste deux semaines...
La wishlist est vite mis de côté au profit de la découverte de ses sentiments amoureux. Et on a un Can qui ne se mouille pas beaucoup, assez passif finalement. Et la correspondante : disparue. Des moments très fugaces d'apparition où elle a plus le rôle d'une copine fêtarde qui mange du pop corn en écoutant les déboires amoureux de l'héroïne.

Où en es-tu dans l'histoire (combien reste-t-il de chapitres ?)
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