Moiteur

J'ai écrit quelque chose au regard du beau temps
Qui racontait tantôt ou le chant des grenouilles -
charmants pleurs d'amphibiens - ou les cris de l'étang.

Sur la grève de juin, sur cette herbe un peu folle
Ceinturant notre lac, une ombre s'est levée
Comme une intimité sous notre parasol.

L'eau
Que tu avais au rein sur ta silhouette glisse.
Je me trouve un peu loin, n'ose point m'approcher.
De mon corps blanc et creux à ta peau brune et lisse,
L'éternité.

Un soleil nous sépare. Dix mètres nous isolent.
À l'instant je comprends la façon de t'aimer :
L'épiderme qui tremble et les yeux qui se frôlent.

L'éternité
Me pousse en ce moment vers ce corps qui se hisse
À hauteur de l'Olympe, à vingt souhaits exaucés
De la douceur sans fin qui se trouve à ma cuisse :
L'eau.

J'ai écrit ton ivresse à l'encre de mes doigts
Sur mon corps d'acier froid
Que l'eau rouille.
L'armure tombe enfin
Pour quelles nudités ? Cachemire et satin.

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Mnémosyne
Posté le 22/01/2023
Sublime. J'aime ce poème aux allures de bal(l)ade. C'est beau, c'est doux, et en même temps, quelle tension ! Dire sans vraiment dire, montrer à travers le prisme de la nature, éveiller tous les sens. Un régal.
Adrien Vermeil
Posté le 03/02/2023
Merci pour ce commentaire qui est tout à la fois un encouragement.
Ewen
Posté le 25/12/2022
Eh bien commençons par un joyeux Noël 🎅❄
Mon week-end de fêtes se clôt par quelques lectures PAiennes qui m'emmènent déjà jusqu'en été ! Je suis très curieux de voir ce que tu vas poster dans ce nouveau recueil. Tes alexandrins transpirent la liberté (par opposition à la forme figée du sonnet). C'est d'ailleurs étrange de trouver plus de quatre strophes de ta plume à la suite les unes des autres. L'un de tes vers a même rouillé !
La forme que tu as donnée à ton poème me plait beaucoup parce qu'elle laisse libre court à pas mal d'interprétations. Voici déjà la mienne :
La strophe quasi-centrale, celle qui contient "l'épiderme qui tremble" est pour moi celle de la surface de l'eau sur laquelle se reflètent les deux strophes supérieure et inférieure (L'eau[...]L'éternité & L'éternité[...]L'eau). Le fait qu'il y ait davantage de strophes au-dessus, c'est selon moi une représentation du ciel infini, l'éternité, l'espace qui sépare les deux protagonistes et qui va peu à peu se réduire. La strophe qui rouille plus bas, la dernière, c'est en revanche ce qui se joue dans l'ombre, sous les eaux. Là où il fait profond et noir ("encre") mais où se plongent pourtant les corps nus ou presque nus.
Bon, ça mérite plus de développement mais il faut que j'arrête de m'extasier avant de pondre un commentaire trop long pour être buvable x)

2 commentaires :
- ton 2e vers peut se passer de sa virgule. ça me semble le plus correct en termes de ponctuation si l'on considère la première strophe comme une seule et même phrase.
- "Sur la grève de juin" : J'ai buté à la lecture parce que pour moi juin c'est deux syllabes et non une ! Mais les deux doivent être possibles ;)
Adrien Vermeil
Posté le 26/12/2022
Joyeux Noël ! Je crois que j'étouffe vite de l'hiver. Écrire sur la saison chaude m'en délivre et c'est dans un même esprit de liberté que j'ai voulu m'essayer à des poèmes à la forme moins contrainte que le sonnet. J'écrirai d'ailleurs peut-être des haïkus dans ce recueil - qui sait ? ;)
Du reste, je suis content que le poème t'ait plu et j'adhère pas mal à l'interprétation que tu en fais. Bien sûr, chaque lecture est personnelle donc cette interprétation n'appartient qu'à toi ! En tous cas ton enthousiasme m'enchante. Et effectivement tu as raison, il me semble bien qu'il y a dans la première strophe des virgules superflues. Et pour « juin » c'est question de prononciation tout à fait ; chez beaucoup de gens du sud-ouest, le [u] est transformé en [ou] et du coup ça peut donner quelque chose comme une synérèse qui ne parait pas forcément très sonore à tout le monde. Merci pour ton commentaire !
Elena
Posté le 25/12/2022
Une autre manière d'écrire des poèmes, mais on reconnaît bien ta plume, qui reste splendide ! J'ai hâte de lire d'autres poèmes de ce recueil. On ressent bien la chaleur, qui est souvent "prétexte" à quelques rapprochements... merci pour ce partage !
Adrien Vermeil
Posté le 26/12/2022
Merci beaucoup pour ton commentaire !
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