Préhistoire

Notes de l’auteur : Une idée obsédante depuis que j'ai lu un documentaire sur les Néanderthals.... Et une vérité historique aproximative. (ce traître de traitement de texte a transformé mes tirets en élèments de liste ! En attendant de trouver les quadratins, je laisse comme ça...)

Ma sœur a allumé le feu pour faire cuire nos prises. Armée d'un des éclats que j'avais façonné le matin même, j'ai vidé et écaillé les poissons. On a chanté toutes les deux en attendant que ce soit prêt. L'une de nous entamait une phase, l'autre continuait. Au final, la chanson n'avait pas beaucoup de sens, mais on riait beaucoup.

Le poisson était délicieux. Daria s'est étendue au soleil et j'ai repris mon façonnage.

-Est-ce que tu comptes partir avec Elo à la prochaine rencontre ? M'a-t-elle soudain demandé.

J'ai failli percuter mes doigts au lieu de ma pierre.

-Peut-être, ai-je éludé.

Elle s'est redressé sur un coude pour me dévisager :

-Si j'étais toi, je partirai avec lui. On ne le reverra pas avant très, très longtemps. Illes a dit qu'il voulaient partir sur un autre itinéraire.

-Et ne reviendrait peut-être plus aux rencontres inter-claniques de la saison des feuilles mortes. Je sais. (J'ai obtenu un éclat tranchant que j'ai rangé dans ma sacoche, pour m'occuper les mains.)

-Toutes les femmes trouvent un homme et quittent le clan, a-t-elle déclaré. Ça fait des années que tu veux partir avec lui.

-Mais à ce moment, on pensait que je pourrais vous revoir ensuite, lorsque les tribus se regroupent ! Les autres sœurs, on les retrouve parfois, et on voit nos neveux et nos cousins. Mais là, c'est un départ définitif !

-Tu découvriras de nouvelles choses ! De nouveaux groupes ! Les troupeaux de rennes sont plus petits d'années en années. Chaque fois que reviennent les feuilles, certains quittent définitivement nos plaines. Si on ne les suit pas, on ne pourra plus se nourrir.

Je savais tout cela, évidemment. J'avais passé des nuits entières à y réfléchir, dans les longs mois de neige où la cueillette devient presque impossible. Elle a insisté :

-Je ne vois vraiment pas pourquoi ça te pose un problème. Pense que tu découvriras des nouveaux paysages. Et de nouveaux groupes, avec de nouvelles techniques et de nouvelles histoires à raconter à tes enfants. Tu nous retrouveras de toute manière, chez les ancêtres.

-Justement ! J'aimerai bien vous retrouver avant !

Les larmes montaient et j'ai eu beaucoup de mal à les contenir. Elle s'est relevée et m'a enlacée.

-Ne t'en fait pas pour nous, a-t-elle murmuré. Va avec lui, continue à tailler les pierres et agrandis la famille.

-Je ne vois pas pourquoi c'est aussi important pour toi, ai-je marmonné.

-Parce que tu dois devenir une femme et fonder une famille ! Même si je n'aurais pas d'enfants avec Izaé, parce qu'on est deux filles, je m'occupe de ceux du groupe, c'est presque pareil. Tu es amoureuse d'Elo et tu veux partir avec lui, fais-le ! On ne doit pas être des boulets, avec maman !

Elle avait raison, encore une fois. Et aux feuilles mortes suivantes, je l'ai quittée définitivement pour le groupe d'Elo, et le long voyage qu'il s'apprêtait à faire et qui nous a menés ici, ce soir.

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