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À presque vingt-deux heure, Alex gara sa voiture sur le parking quasi plein du Lagon Bleu. Les baies vitrées du bâtiment laissaient deviner de la lumière malgré les rideaux opaques tirés. Il s’avança avec prudence tout en se demandant quel genre de bénévolat pouvait bien faire un homme tel qu’Enizan, auprès de personnes âgées qui plus est.

Allez, il faudra être gentil avec la clientèle potentiel, ironisa le jeune homme.

Il ouvrit la porte d’entrée qui le mena dans un hall où se présentaient deux portes.

Sur l’une d’entre elles, Alex pouvait deviner un écriteau que l’obscurité l’empêchait de lire. Alors qu’il se dirigeait vers la minuterie, des éclats de rire se firent entendre et les notes d’une musique latine résonnèrent en même temps qu’il appuyait sur le bouton.

— Je vais le tuer, souffla t-il en lisant l’affichette.

Réalisant son erreur, le jeune homme allait quitter les lieux lorsque la porte s’ouvrit et qu’une voix familière l’appela avec entrain.

— Docteur Cotelet, vous voilà ! Ambroise nous a prévenus de votre présence. Je réserve toutes les danses de votre carnet de bal, gloussa la femme en tenue moulante.

— Madame Honnette, vous ici, quelle surprise ! rétorqua l’intéressé en se faisant entrainer dans la salle.

— Voilà notre invité ! s’exclama fièrement Enizan.

J’y crois pas ! Il donne des cours de salsa! J’aurais dû me méfier davantage, se reprocha Alex.

Ce dernier se trouvait face à une vingtaine de personnes en tenue de danse et un capitaine survolté en pantalon lycra noir, chemise de soie rouge et bandeau éponge sur le front.

— Je vous en prie, joignez-vous à nous pour la dernière danse. Madame Honnette n’attendait que ça, enchaina le professeur d’un soir.

— Non, non, merci, je ne sais pas danser, tenta d’expliquer Alex avant de se faire agripper par Marie.

— Laissez moi vous guider alors docteur, lui murmura t’elle suavement à l’oreille tout en se collant à lui.

Je vous haïs, je vous haïs tous bande de tarés ! fulmina Alexandre alors qu’il tentait de s’écarter au maximum de sa partenaire.

— Et un, deux, trois, quatre, lança Enizan pour marquer le début de la danse.

Alexandre n’eut pas le choix et prit son mal en patience. Les quelques minutes que durait le morceau lui parurent des heures tant il avait à faire pour déjouer les assauts de sa cavalière. Les rythmes latinos semblaient la débrider encore un peu plus.

Malgré sa jeunesse, le médecin avait du mal à suivre la cadence des autres personnes, si bien qu’à la fin de la chanson, il était totalement épuisé.

— Je sens votre cœur battre docteur, déclara Marie en posant sa tête contre sa poitrine.

Mais pourquoi moi, pourquoi moi ? hurla son cavalier intérieurement.

— Madame Honnette, je vous en prie, un peu de retenue s’il vous plait, rétorqua t-il en la repoussant courtoisement mais fermement.

Pendant ce temps, Ambroise, en bon professeur, faisait le tour de ses élèves pour leur prodiguer des conseils et les inviter à se rhabiller dans une petite salle à côté. Il y entraina aussi madame Honnette et réapparu en uniforme quelques minutes plus tard, plus sérieux que jamais.

— Vous aimez la pêche à la carpe de nuit ? demanda-t-il au médecin sans détour.

C’est quoi encore cette histoire. Et toi tu aimes les films de gladiateurs ? pensa Alexandre avant de répondre :

— Je n’ai jamais pêché mais je peux déjà vous dire que non.

— Superbe, ce sera une première alors ! suivez-moi, ordonna le gendarme.

— Je viens de vous dire non, donc...

Le regard froid du capitaine le fit se taire.

Super…Je suppose que cette journée n’aura jamais de fin, pesta le jeune homme en son for intérieur.

— J'ai compris...Je vous suis, reprit le jeune homme, résigné.

Les deux hommes rejoignirent la voiture du capitaine et firent un trajet d’une trentaine de minutes jusqu’à un bord de rivière où plusieurs tentes étaient plantées. Lorsqu’Enizan coupa le moteur de sa voiture à quelques mètres d’elles, des éclats de rire se firent entendre. Un homme sortit alors d’une des tentes muni d’une lampe frontale et s’avança vers eux mais la lumière dans les yeux empêchait Alex de reconnaitre celui qui lui faisait face.

— Comme on se retrouve docteur, lança l’homme.

Cette voix un peu nasillarde ne laissa aucun doute au jeune médecin, c’était François De Jourdan.

— Ah mais oui, vous vous connaissez déjà . Tant mieux ! s’exclama le gendarme en les laissant derrière lui.

Enizan était trop absorbé par le campement et les quelques hommes devant lui pour prêter attention à ce détail. À grandes enjambées, il traversa les herbes hautes le séparant de la berge et salua solennellement les pêcheurs puis ses hommes postés là.

— Alors… On m’a dit que vous aviez vu le spectacle d’Ambroise ce soir ? murmura le vétérinaire à l’oreille du docteur d’un ton moqueur.

— La ferme ! rétorqua Alexandre en se dirigeant lui aussi vers le camp.

La nouvelle de l’attaque qu’avait subie Jean-Claude avait fait le tour de la communauté des pêcheurs. Ces derniers avaient alors décidé d’organiser une pêche à la carpe nocturne en son honneur et d’y convier les forces de l’ordre pour débusquer la chose responsable de sa mort.

— On a retrouvé d’autres morceaux, souligna le capitaine lorsqu’Alex arriva à son niveau. C’était moche, très moche, ajouta-t-il en hochant la tête.

— Où sont-ils ? J’aimerai les voir, demanda Alexandre.

— Moi aussi, intervint le vétérinaire en trottinant vers eux.

Le capitaine les conduit donc un peu à l’écart du groupe près d’une glacière. Il l’ouvrit et s’écarta pour laisser les deux autres hommes regarder par eux-même.

— Attendez, vous gardez des bouts de cadavre dans une glacière de camping plutôt que de me les amener ? Les preuves vont se dégrader, c’est quand-même vous le gendarme, non ? s’emporta Alexandre.

— Le centre médical est fermé Doc et puis bon, vu ce qu’il reste… se justifia Enizan.

— Et bien je vais ouvrir le centre, rétorqua le médecin en s’emparant de la glacière. De Jourdan, vous m’accompagnez ? poursuivit-il toujours excédé par le manque de professionnalisme du capitaine.

— Je vous conduis plutôt non ? Vous êtes à pied si je ne m’abuse, rectifia le vétérinaire.

— Oui ou non ? insista Alex.

— Oui, bien sûr, consentit De Jourdan.

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