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Par Jamreo

Le grommellement de la cafetière le tira de ses rêveries. Il n’était pas spécialement tôt, mais cette affaire commençait à le drainer. Son sommeil, déjà pas exceptionnel à la base, se troublait de rêves qui se rappelaient à lui durant la journée, par morceaux insensés et toujours plus troublants. Il se retrouvait à les rassembler en un puzzle éclaté et à essayer d’y mettre bon ordre, oubliant de décrocher le téléphone, répondant aux questions ou interpellations par une mâchoire pendante et un regard vide. Il revenait au moment présent avec un sursaut et, fébrile, cherchait le chapelet sous sa chemise. Il s’accrochait à la croix et se composait le sourire d’un homme efficace.

Un homme qui cachait bien le combat intérieur entre ses croyances et la rationalité inhérente à tout fonctionnaire de police.

Quand la cafetière soupira et ferma son œil rouge, il se servit une rasade fumante. Ce qu’il préférait dans le café, ce n’était pas le boire, au fond – il en buvait trop pour ne pas l’assimiler à un quotidien morose -, mais bien l’arôme qui se dégageait des grains torréfiés et imprégnés d’eau chaude. De ça, il ne se lassait pas.

Le mug serré dans la main, il regagna son bureau où il resta adossé au fauteuil et de nouveau perdu dans ses pensées. Le poste fourmillait de bruits autour de lui : pas pressés ou plus normaux, voix et froissements de papier. Parfois une machine à écrire lançait son solo et une sonnerie de téléphone y répondait. Le parfait fond sonore pour une série du samedi soir, genre Hill Street Blues ou Magnum. Mais ça passait un samedi ou un autre jour ? Il se souvenait avoir suivi des bouts d’épisodes ici et là.

— Chef ?

— Hm ?

Il cligna des yeux. Sa coéquipière venait d’apparaître dans l’encadrement, son chewing-gum au bord des lèvres. Elle le cachait, entre ses dents et sa joue, plaqué contre la gencive, histoire d’avoir l’air présentable quand un civil ou d’autres supérieurs leur rendaient visite ; mais avec lui, elle se relâchait et se remettait à le mâchouiller. En vieux con, peut-être, il n’avait jamais appréhendé l’attrait de ces barres de pétrole élastique.

— Mme Fèvre vient d’arriver.

Le nom lui était familier.

— Qui ?

L’autre se gratta l’arcade sourcilière, réprima une bulle de chewing-gum et précisa :

— Une doc de la clinique, elle a appelé plus tôt en s’inquiétant de votre absence là-bas. Un vrai bourreau des cœurs, que vous êtes.

L’inspecteur lui accorda un sourire bienveillant et, de la main, lui fit signe de continuer.

— Bref, elle voulait nous parler de quelque chose, elle avait pas l’air tranquille. Maintenant que vous êtes là, je vous l’envoie ?

— Fais.

— Parfait. Si vous avez besoin, vous me trouverez au labo photo, je vais donner un coup de main aux gars.

Il acquiesça et essaya de prendre une gorgée de café en même temps – il eut à peine le temps de se jeter sur le tiroir à serviettes, généralement dévalisé au moment des repas à base de sandwichs, et de commencer à tamponner sa veste, avant qu’une femme aux grosses lunettes carrées se présente devant lui.

— Inspecteur Melon, bonjour.

— Bonjour madame, salua-t-il en se levant à demi, une serviette soudée à ses habits et une autre pendouillant lamentablement. Je vous en prie, installez-vous. Vous voulez du café ?

— Non, merci. Je n’en bois pas… palpitations… expliqua-t-elle, distraite.

— Je comprends. Pour moi c’est trop tard, plaisanta-t-il. Ce n’est plus du sang que j’ai dans les veines, c’est du café… !

Tentative de détendre l’atmosphère à moitié réussie. La docteure venait d’esquisser un sourire, mais elle s’était aussi entouré les épaules de ses bras. De quoi avait-elle peur ? Jérémiah Melon jeta les serviettes sales dans la corbeille et sirota une gorgée qui lui cuisit le palais. Pas malin, surtout en pleine canicule, mais l’habitude était trop profondément ancrée.

La femme ne s’était pas encore lancée, mais elle hésitait, ça se voyait. Dans ces moments-là, mieux valait ne pas pousser et attendre que la fleur s’ouvre d’elle-même. Il fit donc mine de sonder le fond de son mug, derrière les volutes sombres de sa boisson.

— Vos recherches de ce matin ont bien avancé ?

— Pardon ?

— Vous n’étiez pas à la clinique. Vous travailliez sur une autre affaire ?

Chopant la croix imprimée sur sa poitrine, il fit un signe négatif. La femme remarqua son geste et son regard erra un moment en-dessous de son col boutonné.

— Non, répondit-il pour la distraire, j’étais au téléphone avec l’état civil de Lyon pour… pour de la généalogie.

La docteure tiqua.

— Lyon, ce n’est pas la ville natale de la petite Jade ?

Le prénom trancha l’air, comme une lame. Une poigne de fer se referma sur les entrailles de Melon, qui gigota sur son siège, masquant sa gêne par un changement de position.

— C’est exact, dit-il du bout des lèvres, décidé à rester aussi imperméable que possible.

En vérité, ce qu’il avait trouvé ne changeait pas franchement la donne. Fille d’un père commerçant, originaire de la vallée du Rhône, et d’une mère égyptienne, Jade avait passé de nombreuses années placée chez divers membres de sa famille – grand-mère, puis tante, cousins au second degré. Elle ne restait jamais longtemps à un endroit. Tout ce beau monde se croyait dans le jeu de la patate chaude. Son père semblait trop occupé pour prendre en charge son enfant, en dehors des anniversaires et des Noëls en tout cas. Quant à la mère, elle était portée disparue depuis des années, depuis ce voyage en Égypte avec Jade. La gamine avait été retrouvée errante, couverte de sang, à proximité de la cité morte de Memphis. Plongée dans un état de mutisme, elle n’avait répondu à aucune des questions de la police, égyptienne ou française. On ne pouvait qu’imaginer ce qu’elle avait subi. On avait aussi lancé une enquête pour personne disparue qui n’avait jamais abouti ; la mère s’était proprement évaporée.

Fèvre, voyant que le policier ne se laisserait pas tenter, essaya une autre approche :

— Merci de m’accueillir ici. C’est… à la clinique, je… enfin, que je me sens plus à l’aise ailleurs que sur mon lieu de travail.

— Pas de problème. C’est tendu au travail ?

Elle garda un moment le silence. Ses cheveux voletaient avec grâce quand le ventilateur y déposait son souffle, avant de rouler vers l’autre côté du bureau. Melon avait envie d’arracher son col trop serré, d’envoyer les boutons s’écraser sur la vitre dans l’espoir de grappiller un peu d’air frais. Même si ce n’était qu’un leurre. Mais il se contint et but son café, qui le fit suer encore plus.

— Disons qu’être la seule femme dans une équipe de médecins pédopsychiatres, ce n’est pas tous les jours évident, déclara enfin la docteure.

Il en convint d’une vague onomatopée. Mal à l’aise, elle déplissa sa jupe plissée. À quoi ça servait, de déplisser une jupe plissée ? Peut-être était-il temps de prendre les choses en main.

— Vous vouliez me parler d’une chose en particulier ?

— Oui. De… de Donnie Warwick, en fait.

Melon posa son mug et leva une main pour faire signe à son interlocutrice de patienter pendant qu’il fouillait son tiroir à bloc-notes. Quand il eut mis la main sur celui entamé exprès pour l’affaire Cordier et attrapé un stylo sans capuchon sur le bureau, il se leva, ferma la porte, regagna son fauteuil et l’encouragea à reprendre.

— Vous savez, fit-elle doucement, Donnie et sa sœur Annabel ont été mes patients.

— Ils vous ont été retirés ?

La question, brusque, l’ébranla.

— Le docteur Tilloloyeul a pris la suite, oui.

Docteur Fèvre Docteur T., griffonna Melon.

— Et ça arrive souvent, ça, que les enfants changent de psychiatre ?

— Non. C’est à éviter, parce que cela équivaut parfois à tout reprendre du début. Mais dans le cas de Donnie… il s’agissait d’un conflit d’intérêts.

L’œil froncé, il rattrapa son café et en siffla la moitié d’un coup.

— Un conflit d’intérêts, c’est à dire ?

Elle contempla un moment sa jupe défroissée à la va-vite. Puis, sans prévenir, elle releva le menton et déballa tout.

— Écoutez, nos patients viennent de familles riches, souvent connues ou influentes. On ne soigne pas un enfant de bourgeois comme on soignerait le commun des mortels. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la réalité. Et quand certains symptômes ne plaisent pas… eh bien… on s’empresse d’enterrer l’affaire.

Melon était sceptique. Un diagnostic de maladie mentale, ça ne plaisait jamais beaucoup, si ?

— Et pour Donnie et sa sœur, fit-il en feuilletant son bloc-notes. Quels seraient-ils, ces symptômes dérangeants ?

— Annabel présente un trouble de l’attachement et une forte labilité de l’humeur. Au vu de ce qu’elle a vécu, ce n’est pas si étonnant, mais nous faisons notre possible pour que sa situation ne s’aggrave pas en grandissant. Quant à Donnie… il partage certains des symptômes de sa sœur, oui. Mais je ne crois pas que ça s’arrête là. D’après moi, il présente des tendances anti-sociales plutôt inquiétantes.

Ça, ça n’était pas du tout l’image que le garçon avait laissée à Melon. Il n’était pas psy, mais quand on lui disait anti-social, il imaginait ces gars maigres et pâlots qui ne sortaient pas de leur chambre, sauf pour acheter du pain ; et encore, ils avaient du mal à aligner deux mots pour saluer la boulangère sans faire de crise de panique. Alors que Donnie ? Tant de légèreté et d’aisance dans le contact avec les autres, qu’il s’agisse d’adultes ou de congénères…

— Ce n’est pas ce que vous croyez, ajouta la dame, probablement consciente de ce qui se passait dans la tête du policier. Il ne s’agit pas de phobie sociale. Non, le trouble anti-social, on peut aussi l’appeler sociopathie.

Une image toute différente vint à l’esprit de Melon : celle d’un monstre ensanglanté et secoué d’un rire hystérique, sa baguette de pain écrasée dans la main.

— J’ai du mal à le croire, avoua Melon. Il n’a pas l’air si terrible…

Fèvre répondit à sa tentative d’analyse par un sourire désabusé.

— Les personnes atteintes de sociopathie sont comme les autres malades psychiatriques, expliqua-t-elle. Certains arrivent à fonctionner en société… et d’autres non. Tous ne sont pas des meurtriers assoiffés de sang, et heureusement. Ils peuvent même occuper des postes clef… professeurs, avocats, banquiers, et j’en passe.

— Et Donnie, dans tout ça ? s’inquiéta Melon.

— Comme on a dû vous le seriner, il est trop jeune pour recevoir un diagnostic de ce genre. Il s’agit de tendances et de signes précurseurs, qui peuvent encore être pris en charge efficacement, voire disparaître avec le temps. C’est un garçon habile et charmant, je ne le nie pas. Mais, à ce jour, je ne parierais pas de sa non-dangerosité. Vous saviez qu’il a tenté d’étrangler sa sœur, juste avant leur internement au Laurier-noble ?

Stupéfaction. Melon se noya dans une nouvelle rasade de café avant de plaquer son dos au dossier du fauteuil tournant.

— Non, admit-il. Non, personne n’a jugé bon de m’en parler.

— Ça ne m’étonne pas.

— C’était grave ?

— Les forces de l’ordre sont arrivées à temps pour éviter à Annabel des dommages irréversibles. Elle s’en est bien remise et ne semble pas en avoir voulu à son frère. D’ailleurs, elle n’a jamais voulu répondre à mes questions sur l’incident. Mais on pourrait se demander… jusqu’où il serait allé sans l’intervention des policiers.

Melon résista au besoin de presser son crucifix dans sa paume. Il ne voulait pas que la docteure le prenne pour un sujet d’étude.

— Il aurait été pris d’une… pulsion ? Comment vous expliquez ça ?

— Souvent, le problème des personnes souffrant de sociopathie, c’est qu’elles ne ressentent pas les émotions comme vous et moi. Leurs émotions sont… déphasées ? Atténuées ? On pourrait employer beaucoup de termes. Dans tous les cas, leur esprit a un fonctionnement particulier. Elles n’éprouveront pas forcément de honte ni de remords, pas dans les situations qui nous sembleraient indiquées en tout cas.

— Vous êtes en train de me dire qu’ils ne ressentent rien, en fait ? avança Melon, pendu à ses lèvres. Donnie ne ressent rien ?

— C’est plus compliqué que cela. Aucun sociopathe n’est semblable à un autre. Certains auront accès à un spectre d’émotions restreint, d’autres n’en auront pas du tout. D’autres encore seront de grands colériques dénués d’inhibition. Quoi qu’il en soit, la majorité ne passera jamais à l’acte, mais il est possible que…

— Quand vous dites l’acte, l’interrompit-il, vous parlez de meurtre, n’est-ce pas ?

Elle eut une moue gênée.

— Je parle de violence sur autrui, de manière générale.

Tant de précautions dans les mots n’allait pas empêcher l’inspecteur de considérer ces êtres - les sociopathes - comme des monstres sanguinaires. S’embrouiller le cerveau à coups de terminaisons fumeuses et d’euphémismes, très peu pour lui.

— Qu’est-ce qui vous a mis sur la piste, pour Donnie ?

— Des petites choses…

Fèvre lorgna vers la porte, comme pour s’assurer qu’un fantôme ne venait pas de l’ouvrir. Puis elle planta ses yeux dans ceux de Melon.

— Sa façon de parler des autres. De sa sœur, surtout. Ses moqueries et tendances sadiques à son égard. Donnie se scarifiait à répétition…

— Et c’est du sadisme, ça ?

— Du sado-masochisme, disons. J’avais bien remarqué qu’Annabel présentait des marques de blessures, sur les bras, les flancs et le dos majoritairement. Mais le jour où Donnie m’a confié que c’était lui-même qui lui infligeait ça…

Melon cligna des yeux pour en chasser la sueur et se passa une main sur le visage, las.

— Bon sang, mais pourquoi faire ça ?

— Pour qu’elle ait exactement les mêmes marques que lui. Pour la contrôler, la soumettre, que sais-je. Je ne dis pas que Donnie n’a pas un trouble limite, c’est possible… mais dans ce cas, c’est couplé d’un trouble anti-social.

Melon commençait à avoir sévèrement mal au crâne. Après les maladies, les combos de maladies. Leur logique interne, qu’il pensait avoir vaguement comprise, tombait totalement à plat sous le coup du mélange. Il poussa le tout au fond de sa tête, se disant qu’il y mettrait de l’ordre plus tard.

— Et ce nouveau diagnostic, vous en avez parlé à quelqu’un ?

Fèvre remua sur sa chaise et poussa un soupir.

— Justement, oui. Dans l’équipe de médecins, on se consulte souvent… enfin, on se consultait. Mais quelques jours après avoir fait part de mes doutes… le directeur et l’équipe médicale ont fait pression pour que j’abandonne l’idée.

— Parce que ça les dérangeait d’avoir un sociopathe à la clinique ?

— Ça dérangeait surtout la famille, si vous voulez mon avis. Le trouble limite n’est pas assez connu pour déclencher des réactions théâtrales chez le malade ou les proches. Mais la sociopathie, la psychopathie… ces mots font peur. Et je peux le comprendre. L’oncle Warwick aura sans doute, je ne sais pas, avancé de l’argent pour qu’on étouffe le diagnostic, ce genre de choses.

Elle se tut. Un silence inconfortable tomba dans le bureau, rompu seulement par le grattement du stylo sur le papier et une véhémente sonnerie de téléphone quelque part dans le commisariat. Enfin, Melon joignit les mains et y reposa son menton. Il réfléchissait. Fèvre, elle, l’observait en coin, dans un espoir fragile.

— Pourquoi ne pas m’avoir parlé de ça avant ? fit-il tout à coup.

Elle parut surprise.

— Mais je… je ne pouvais pas.

— Vous êtes là aujourd’hui.

— Oui, je suis là, mais je prends des risques, insista-t-elle, offensée. Depuis cette histoire, vous n’imaginez pas ce que c’est…

— Expliquez-moi, dans ce cas. Je suis là pour comprendre.

— Inspecteur, je suis harcelée !

Pour elle, c’était sans doute un cri retentissant. Elle avait d’ailleurs blêmi et ses yeux s’étaient écarquillés derrière ses lunettes ; elle porta une main à sa bouche et s’excusa.

— Ce n’est rien, la rassura-t-il. Je comprends que vous soyez chamboulée.

Fèvre reprit son souffle et réajusta ses bésicles.

— Ça fait des mois que ça dure… du matériel cassé, mon bureau mis sens dessus-dessous, mes dossiers saccagés…

— Qui vous fait subir ça ?

— Je n’ai pas de preuve formelle, simplement des soupçons. Je… je pense qu’il s’agit d’une entente entre plusieurs personnes.

L’inspecteur tira un trait énergique sur son bloc-notes, se préparant un encadré où noter les potentiels suspects. Mais la psychiatre ne parlait plus.

— Je vous écoute, indiqua-t-il.

— Vous me promettez que cela restera entre nous ?

Il faillit poser le bic – mais ne le fit pas. Poser son bic à ce moment critique aurait tout de suite renseigné au témoin qu’une joute se faisait dans son esprit. Lui promettre que son témoignage ne s’ébruiterait pas était impossible ; s’il y trouvait des éléments cruciaux, il serait contraint de s’en servir. Mais que se passerait-il s’il lui disait la vérité ? Elle se fermerait comme une huître.

— C’est d’accord, mentit-il. Vous avez ma parole.

Fèvre s’était remise à déplisser sa robe. Elle semblait chercher ses mots.

— M. Brisebane est au courant, ce n’est pas possible autrement, expliqua-t-elle. Quelqu’un s’introduit régulièrement dans mon bureau pour y mettre la pagaille. Je suis obligée de garder mes dossiers de travail et tout ce qui est fragile dans un endroit plus sûr… enfin… le coffre de ma voiture, dit-elle avec un sourire penaud. Vous n’imaginez pas ce que c’est d’arriver sur son lieu de travail et de voir toutes ses notes par terre, déchirées en confettis… les tiroirs retournés, les effets personnels détruits… c’est traumatisant.

Lèvres pincées en une expression contemplative , il hocha la tête.

— Et donc, cette personne… ces personnes… ?

— Ça ne vous paraît pas évident ?

Melon pouffa.

— Vous savez, quand on est flic, rien n’est évident sans preuves. Les faits, rien que les faits, voilà ce qui nous intéresse.

La réponse ne parut pas plaire à Fèvre, qui agrippa à nouveau sa jupe pour la malmener. L’inspecteur l’observa avec intérêt ; d’abord mue par l’énervement, elle revint à une attitude empreinte d’effacement et de nervosité maîtrisée. D’une voix étouffée, elle murmura :

— Ravel Montout distribue de la drogue aux pensionnaires du Laurier-noble. De la méthamphétamine.

Le policier poussa un soupir médusé. On avait ratissé l’hôpital, questionné les patients et le personnel, sans trouver trace de cette drogue autre part que dans le cadavres d’Élias.

— Je sais ce que vous allez dire, intervint Fèvre. Mais je vous parle d’un trafic antérieur à la mort d’Élias Cordier. Et non, précisa-t-elle avec un rire désabusé, je n’ai pas de preuve à vous apporter. J’en avais, dans mon bureau. J’avais mené ma petite enquête, vous savez. Mais j’ai été très bête, j’ai oublié de me méfier, et les preuves ont été détruites avec le reste par ce mystérieux personnage qui saccage régulièrement mes affaires. Bien sûr, je ne peux pas affirmer qu’il s’agisse de Ravel Montout. Alors je vais vous laisser.

Avant que Melon ait pu la retenir, elle avait ramassé son sac et s’était levée.

— Oh, d’ailleurs, ajouta-t-elle en se retournant une dernière fois vers lui, vous pourriez parler au cuisinier. Il se plaint de vols de grenadine depuis plusieurs mois.

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Liné
Posté le 25/05/2021
Ma 1ère réaction à la dernière réplique : "On peut faire de la méthamphétamine avec de la grenadine ?!"
... Ma 2e réaction à la dernière réplique : "Ah non ! C'est les gosses qui boivent de la grenadine pendant leurs excursions nocturnes !"

Bref, je suis toujours à fond !
Dans ce chapitre-ci, puisqu'on est du point de vue de Melon (... mais où tu tires tous ces noms, d'ailleurs ?), on plonge dans un cadre 100% réaliste et rationnel. J'avoue que ça fait du bien, en fait, de circuler entre des grands moments absurdes à la Alice au pays des merveilles, et des passages tout de suite compréhensibles. Le mélange des deux est assez bien réussi.

Je me suis demandé : elle brise pas le secret médical, Fèvre, en parlant des diagnostics ? Elle pourrait peut-être en toucher deux mots, ou bien le policier la mettre en garde rapidement ? D'autant que le secret médical explique complètement et irrévocablement le "Pourquoi ne pas m’avoir parlé de ça avant ?" de Melon

A vite !
Jamreo
Posté le 11/06/2021
hahaha xD à ma connaissance on peut pas créer de meth à partir de grenadine... ou alors, on nous aurait menti tout ce temps ? o:

Les noms... j'avais envie de donner à ce personnage un nom ridicule je crois x"D mais oui, pour le coup, le point de vue rationnel et terre à terre de Melon prend le pas dans ce chapitre. Ca tranche avec le reste mais je me suis dit que ça pouvait être salutaire xD

Ah, bien vu pour le secret médical... il me semble qu'il ne tient pas quand il s'agit de résoudre un crime, mais ça mérite de vérifier ça et aussi d'ajouter quelque chose dans le chapitre à ce sujet ! Merci de l'avoir souligné, et comme toujours, merci pour ta lecture Liné <3
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