Chapitre 3

Par Mila
Notes de l’auteur : Le chapitre 3 !
Une carte est disponible sur le compte instagram suivant : oedoria_lpo
Bonne lecture !

D’un geste de la main, Eau invita Naïde et Gaheï à sortir de l’ombre. Ils maintenaient fermement une jeune fille. Taïe se demanda si le terme “soutenir” n’était pas plus adéquat. Sans l’aide des deux guerriers, l’intruse se serait sans doute écroulée au sol. Son teint pâle se devinait sous les traces de poussière noire qui maculaient son visage. Ses vêtements étaient dans le même état, mais restaient clairement reconnaissables. Sa cape de plumes blanche, accompagnée de pantalons noirs dont les genoux traînaient presque sur le sol, était l’habit typique de la Tribu de l’Arbre s’élançant vers le ciel. Leur territoire était situé à l’extrême est de la Forêt Oubliée, et partageait sa frontière ouest avec la Tribu de Taïe. Les affrontements entre les deux étaient rares : contrairement aux autres Tribus, dont les frontières étaient pour la plupart marquées dans la forêt, c’était la falaise qui séparait celle de l’Arbre et de l’Eau. Il était donc difficile de la franchir par mégarde, ou même intentionnellement. Les membres de la Tribu de L’Arbre étaient connus pour leurs talents de grimpeurs, et d’archers. Évidemment, ces qualités étaient attribuées par tradition à cette Tribu, mais en réalité tout le monde savait escalader ou tirer à l’arc. Seulement, par coutume, c’étaient eux qui étaient désignés comme les meilleurs.

La voix retentissante d’Eau sortit Taïe de la contemplation des étranges yeux bridés de la nouvelle venue.

“Elle nous a seulement affirmé ne faire partie d’aucune Tribu, malgré les vêtements qu’elle porte, avant de s’enfermer dans son mutisme. Nous la garderons sous bonne garde toute la nuit, et je prendrai le temps de l’interroger demain. En attendant, envoyez des guerriers patrouiller sur tout le territoire. Personne n’est autorisé à s’éloigner de plus de cinquante mètres du camp jusqu’à leur retour. Je ne sais pas encore si un quelconque danger nous guette, alors faisons preuve de prudence. Naïde, Gaheï, vous pouvez l’attacher.”

La prisonnière ne résista même pas lorsqu’ils portèrent son corps tremblant jusqu’au long poteau en bois planté au fond de la clairière. Ses mains furent attachées derrière son dos, et ses chevilles liées. Malgré sa curiosité, Taïe se détourna assez vite : Gaheï avait déjà commencé la constitution des patrouilles. Elle trépignait d’impatience en cherchant à apercevoir le second par-dessus les têtes de ses camarades, parmi lesquels les commentaires allaient bon train. Je vais forcément être désignée, je viens d’être nommée guerrière. Pourtant Gaheï forma un premier groupe constitué de lui-même, Jeïne, Ylaï et un autre guerrier, accompagné de son apprentie Raheï. La seconde fut dirigée par Naïde, accompagnée de deux autres guerriers. Gaheï poursuivit, et Taïe perdait progressivement l’espoir de se voir choisie. Les troupes partirent se préparer, puis quittèrent la clairière encombrée.

Déçue, pratiquement la seule guerrière restante au milieu des chasseurs, elle serra les poings et se dirigea vers la petite clairière secondaire où se trouvaient les tentes de guerriers. Au centre se trouvait un amas de roches sur lesquelles ils se posaient régulièrement, pour aiguiser leurs armes ou discuter en riant. Elle lui semblait bien vide en cet instant. Les ombres des flambeaux s’agitaient dans le silence, parfois troublé par les bruits provenant de la clairière principale. C’était l’heure du dîner : tout le monde allait chercher sa part dans le butin des chasseurs, cuisiné avec soin par Yleï. L’ancien chasseur avait préféré quitter son poste pour servir sa Tribu en exerçant sa passion : la cuisine. Taïe sursauta quand une main se posa sur son épaule et se retourna brusquement, sur ses gardes. Sadneï, sa tante, éclata de rire.

“Ce n’est que moi ! Tu n’as rien à craindre. Tu n’as pas l’air dans ton assiette.

-Je suis un peu déçue. Je pensais que Gaheï allait me choisir pour patrouiller. Je suis une guerrière, à présent ! Et pourtant je reste seule dans le camp.”

La guerrière aux traits doux s’assit sur les rochers en rejetant en arrière ses longs cheveux roux. Ce trait physique était une particularité assez répandue dans les Tribus.

“Je crois que je comprends, assura Sadneï. Moi aussi, je m’attendais à passer mes journées en patrouille, à repousser les animaux sauvages et m’entraîner au combat une fois nommée guerrière. Et pourtant, ma première tâche fut de préparer le repas. Yleï n’était pas encore cuisinier, à cette époque. Tu n’imagines pas ma déception ! Je voulais tellement être utile à me Tribu. Puis j’ai compris que la servir ne se résume pas à passer mes journées dans la forêt à me battre. Aider les autres, même pour de simples tâches ménagères, est essentiel au fonctionnement de notre Tribu. Où dormiraient les apprentis si personne ne réparait leur tente ? Où irait le gibier si personne ne fabriquait les râteliers ? Vivre en communauté implique de s’engager, même sur des sujets qui ne sont pas ceux vers lesquels on irait de premier abord. Est-ce que tu me comprends ?

-Oui, assura Taïe. Merci.

-Avec plaisir. Alors allons manger, je meurs de faim !

 

***

 

“Taïe ?”

À l’appel de son chef, la guerrière releva le nez de son bol de soupe. “J’aimerais que tu apportes à manger à boire à la prisonnière. Tu en profiteras pour essayer de lui parler. Vous semblez avoir le même âge, alors tu pourrais peut-être essayer de sympathiser. Pour en savoir plus.

-D’où elle vient ?

-Entre autres. Qui elle est, pourquoi elle est ici. Je compte sur toi.”

Traversée par un regain d’énergie, Taïe saisit un deuxième bol et se dirigea vers la prisonnière tandis qu’Eau s’éloignait à grandes enjambées. Le collier qu’il portait autour du cou, une amulette bénie par les Esprits et qui le marquait comme chef, cliquetait au rythme de ses pas. Elle était faite de différentes essences de bois taillées en forme de gouttes et enfilées les unes à côté des autres. Mais le composant principal du talisman était un morceau de métal brut, placé au milieu des fragments de bois. Le métal était extrêmement rare dans les Tribus, et par conséquent très précieux. Les armes des guerriers et des chasseurs étaient leurs plus précieuses possessions. Depuis des siècles, la Forêt Oubliée était isolée du monde, encerclée par une Brume impossible à traverser. Tout le métal que les Tribus possédaient datait d’avant son apparition, mais personne n’était assez vieux pour s’en souvenir. Il était là, simplement, et c’était l’un de leurs plus grands trésors. On racontait que si un chef enlevait l’amulette bénie qu’il portait, il mourrait sur le coup. Cela lui paraissait un peu radical, mais Eau n’enlevait jamais la sienne, et cela valait mieux. Elle s’approcha enfin de la prisonnière et s’agenouilla devant elle. Pendant un moment, elle se contenta de l’observer en silence, méfiante puis elle lui parla enfin.

“Tu veux manger ? Tu dois avoir faim.”

Pas de réponse.

“Tu as soif peut-être ? Tu n’as pas l’air très en forme. D’où viens-tu ? D’aucune Tribu ?”

Elle posa des yeux sceptiques sur son accoutrement typique.

“La… forêt…

-Comment ?”

Sa voix éraillée aurait pu passer pour un souffle de vent. Mais elle parla à nouveau, un peu plus fort.

“La… forêt.

-La Forêt Oubliée ?

-La Brume… parias…le danger.

-La Forêt de Brume ? C’est de là que tu viens ? Qui est en danger ? Toi ? Réponds !” L’inconnue ne répondit plus. Elle semblait avoir puisé dans ses dernières forces car malgré l’insistance de Taïe, elle ne dit rien de plus. Agacée, elle se leva brusquement et se dirigea vers la grotte du chef.

“Eau ? Elle a parlé.”

Nulle réponse ne lui parvint. Elle écarta légèrement les lanières cuir qui masquaient l’entrée de l’antre, et constata que les flambeaux étaient éteints. Pressée par l’inquiétude, elle demanda à tout le monde où il était allé jusqu’à ce qu’ Yleï lui indique le haut de la colline qui surplombait le camp. Et si c’était la Tribu qui était en danger ? Une fois sortie, elle obliqua vers la droite et poursuivit sur une vingtaine de mètres avant d’escalader une petite pente caillouteuse. Son chef était assis au sommet, contemplant la forêt en contrebas.

“Eau ? Excuse-moi de te déranger, mais j’ai pensé que tu voudrais savoir ce que la prisonnière a dit.

-Bien sûr. Je t’écoute.”

Taïe s’assit à ses côtés, et lui transmit les simples mots qu’elle avait pu tirer. À la mention des Parias, Eau sembla se raidir, mais cette impression ne dura qu’un instant.

“Je m’inquiète pour la Tribu, poursuivit la guerrière. La Brume est dangereuse, et sa mention de la part d’une inconnue, associée au mot “danger”, ne me dit rien qui vaille. -Je partage tes craintes.”

Il fronça les sourcils, sans cesser de contempler le paysage. La pleine lune illuminait la cime des arbres.

“Que sais-tu sur la Forêt de Brume ? demanda-t-il soudainement.

-Pas grand-chose . Seulement qu’elle se trouve à la lisière de notre territoire, qu’elle entoure la Forêt Oubliée et qu’il est dangereux de s’y rendre. On n’en ressort généralement pas.

-C’est tout ? Je pensais qu’on en apprenait plus aux apprentis.

-J’ai quelques notions sur la géographie générale de la Terre de Lynes, mais je n’en connais pas les détails.

-Dis-moi tout ce que tu sais.”

Avec l’étrange impression de se faire évaluer, Taïe commença à pointer du doigt les éléments du paysage qui se déroulait sous leurs yeux.

“En contrebas, il y a la forêt, chez nous. À l’est on peut apercevoir la falaise et le territoire de la Tribu de l’Arbre s’élançant vers le Ciel. À l’ouest, les terres des autres Tribus, les Racines prenant la Terre et les Cendres volant dans l’Air. Au sud, derrière nous, la mer. Et en face, les Montagnes Laires. Une immense chaîne qui se poursuit vers le nord comme la colonne vertébrale de la terre. Notre forêt est la seule chose qui sépare son pied de la mer. À l’ouest, un territoire gouverné par des hommes qui se croient supérieurs à leurs semblables, et qui vivent dans la misère de leurs villes sales et dangereuses.

-Des rois stupides gouvernent ces contrées. Il y a bien longtemps, notre peuple a quitté ce monde pour venir s’installer ici, dans ces terres Oubliées de tous, bien loin des terres souillées. Puis la Brume nous a encerclés.

-Pour l’est… je ne sais pas grand-chose. Comme tout le monde, d’ailleurs. Des terres inconnues et dangereuses.

-Nous en sommes totalement coupés. La Forêt de Brume qui nous entoure encercle également les Montagnes Laires, tu peux l’apercevoir d’ici. Bien plus loin, à la lisière de notre territoire. Une forêt épaisse, sombre, où il fait nuit plus tôt. Un épais brouillard recouvre les arbres et avale les hommes. Personne ne s’y aventure, à moins de désirer la mort.

-Alors pourquoi la prisonnière l’a-t-elle mentionnée ?

-J’ai une théorie. J’y pense depuis un moment, et je crains malheureusement que sa présence ne confirme mes doutes. J’ai l’impression de voir des signes des Esprits partout… dans le chant de l’eau, le mouvement des arbres…”

Il s’arrêta, et Taïe attendit, impatiente d’entendre la suite.

“Je pense… je pense que derrière notre forêt, derrière celle de Brume, il y a une autre Tribu. Une Tribu de Parias, qui vit au pied de la montagne. Et je pense qu’elle est constituée de tous ceux qui ne sont jamais revenus de la Brume.”

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Aylyn
Posté le 03/07/2024
Ce chapitre avec la prisonnière est bien rythmé et apporte des nouvelles choses dans l'histoire. Je trouve que tu as bien inséré les repères géographiques dans la conversation entre Taïe et le chef. Le mystère s'épaissit et donne envie de lire la suite.
Mila
Posté le 04/07/2024
Coucou !
Merci pour ce retour, je suis contente que l'histoire continue à te plaire :)
blairelle
Posté le 18/02/2024
Décidément je n'arrive pas à me détacher de l'idée de la guerre des clans. Je ne sais pas si c'était volontaire, mais dans le cas contraire je pense que ça pourrait être une bonne idée de changer certains détails comme le nombre de tribus, ou de rajouter d'autres castes que chasseur / guerrier. (Après je ne sais pas du tout si c'est important ou pas.)

J'ai beaucoup aimé le passage sur la désillusion de Taïe qui espérait participer à une battue de grande ampleur mais en fait non et c'est pas forcément les trucs les plus stylés qui sont les plus utiles. Ça m'a surpris qu'elle se réjouisse de la mission "aller parler à la prisonnière", je l'aurais imaginée déçue de se confronter à une ennemie inoffensive, mais après tout pourquoi pas.
La description de la forêt est assez difficile à visualiser. Bon je suppose qu'il n'est pas nécessaire de savoir précisément où se trouve tel élément par rapport à tel autre, mais j'aurais bien aimé avoir un lien vers une carte.

Deux coquilles :
"alors qu’il avait soit-disant chassé sur leurs terres" => soi-disant (dans le chapitre précédent)
"puis couru vers la grotte du chef." => courut (dans ce chapitre)
Mila
Posté le 21/02/2024
Hello ! C'est vrai que j'ai lu la guerre des clans, et cela m'a peut être un peu influencée au début, mais les Tribus sont organisées ainsi, et ce serait inutile de changer tant de chose à ce stade.
Pour la carte, il y en a une en cours de création ! J'espère pouvoir la joindre un jour.
Merci pour tes remarques !
Camice
Posté le 17/01/2023
Bonjour !
Je redécouvre ce chapitre avec émerveillement ! Tout est plus détaillé et plus rythmé ! Il y a toujours beaucoup de personnages mais dans cette partie on les voit arriver un par un avec une association (Yleï = cuisinier) et on les retient mieux !
J'ai beaucoup aimer qu'on voit un peu plus de ses émotions et comment elle se sent par rapport à la situation.
Je ne sais pas si c'est fait exprès mais les prénoms risques de porter à confusion s'ils se ressemblent trop (Yleï et Ylaï sont très similaire, peut être des frères ?)
Et juste à un moment Eau dit "J’en sais déjà un peu plus que toi." ce qui parait étrange dans la conversation, vu qu'il est le chef et ça semble logique qu'il soit bien informé-

Bonne continuation j'ai hâte de lire la suite !
Mila
Posté le 23/04/2023
Salut !
Merci pour tous ces compliments, ils font chaud au coeur. En effet la découpage m'a permi de détailler, c'était agréable à faire, j'avais l'impression d'apporter de la profondeur.
Je comprend la confusion de la dernière question, mais ne t'inquiète pas, cela s'éclaire avec le prochain chapitre ( qui sort bientôt, d'ailleurs, j'espère même le jour où je te répond), j'ai mis un peu de temps à l'écrire.
Bonne journée !
MrOriendo
Posté le 12/01/2023
Hello Mila !

Et bien on peut dire que le redécoupage de tes chapitres apporte du positif ! Les choses sont bien plus claires maintenant je trouve, on a vraiment un chap 2 centré sur la cérémonie de Taïe, et un chap 3 qui tourne autour de l'arrivée de l'inconnue, de la réaction qu'elle suscite et des questions sur son histoire.

Tu as également intégré plus d'émotion dans ce chapitre avec tantôt l'excitation de Taïe, sa tristesse de ne pas être choisie dans les patrouilles, sa fierté que son chef lui confie la mission de s'occuper de la prisonnière, et ensuite l'urgence qu'elle ressent quand celle-ci lui parle de parias et de danger.
C'est beaucoup mieux en termes de rythme, c'est plus vivant, on entre mieux dans ton récit. Il y a vraiment beaucoup de positifs dans ces changements depuis ma dernière lecture.
Je me permets quand même de te faire des remarques ci-dessous pour améliorer un peu les choses, car c'est bien connu, on peut toujours faire mieux ;)

La scène finale sur la colline est plus vivante aussi. Le fait que tu mentionnes ce que ressent Taïe, le calme de Eau, et le fait que tu coupes le long dialogue sur la présentation de la géographie, ça fait vraiment du bien. C'est moins lourd, moins laborieux, la lecture est plus fluide.

En tout cas, j'ai apprécié de redécouvrir ce chapitre. Je n'ai pas eu de sentiment de déjà-vu, alors que je l'ai déjà lu il y a quelques jours. Je ne me suis pas ennuyé non plus.

Voici mes remarques :

- "D’un geste de la main, il invita Naïde et Gaheï à entrer."
--> Avec ton nouveau découpage, cette phrase se retrouve en tête de chapitre. Je pense qu'il faut donc remplacer le "il" par Eau, pour que le lecteur parvienne à suivre. Ça ne pose pas de problème si on enchaîne la lecture de ton histoire, mais dis-toi que certains de tes lecteurs feront une pause entre le chap 2 et 3. Du coup, ils seront obligés de revenir en arrière pour se rappeler qui est ce "il".
Le verbe "entrer" ne me semble pas approprié. Sauf erreur de ma part, ils ne sont pas dans une tente mais au contraire au centre du campement, où tout le monde est rassemblé. Je pense que "Eau invita Naïde et Gaheï à s'avancer" conviendrait mieux.

- "Elle n’a rien dit d’autre," --> pourquoi rien d'autre ? Elle n'a pas encore parlé !

- "Je vais également envoyer des patrouilles de guerrier patrouiller sur tout le territoire" --> patrouilles + patrouiller, ça fait répétition.

- "Taïe trépignait d’impatience en cherchant à voir le second par dessus la tête des autres membres de la Tribu, parmi lesquels les commentaires allaient bon train."
--> Je suis content de voir que tu inclues la réaction des autres membres de la tribu. C'est plus réaliste, et on s'imagine bien Taïe sur la pointe des pieds ou en train de sautiller pour essayer d'apercevoir le second et pour se faire remarquer.

- "Il va forcément me mettre dans une patrouille. Je viens d’être nommée guerrière ! Ma première patrouille en tant que tel !" --> Je me serais personnellement arrêté au premier point d'exclamation. "Ma première patrouille en tant que tel" amène une répétition (patrouille) et une information inutile (on a bien compris que c'est sa première, puisqu'elle vient d'être nommée guerrière. En plus, ça se voit à son agitation. Tu le fais comprendre dans le récit, donc pas besoin de le dire).

- "Pourtant Gaheï en forma une première constituée de lui même, Jeïne, Ylaï, Banaï, un guerrier blond aux yeux noisette doté d’un humour à toute épreuve et Raheï, son apprentie. La seconde fut composée de Fanï, son apprenti Deïne. [...] Les accompagnait Naïde et Faldeï."
--> Les accompagnaient, Naïde et Faldeï sont deux, c'est un pluriel.
--> Tu nous sers ici une avalanche de noms qui risque de perdre le lecteur et qui casse le rythme très sympa que tu avais réussi à installer dans la scène. Est-ce une information importante de connaître la constitution des groupes ? Est-ce que ton lecteur va retenir qui est parti avec qui ? Je n'en suis pas certain. Insiste plutôt sur le fait que Gaheï forme les patrouilles, appelle les guerriers un par un, et qu'au fur et à mesure Taïe déchante en se demandant pourquoi il la laisse sur la touche. Eventuellement, tu peux juste indiquer que la première patrouille est confiée à la direction de Naïde et que Gaheï se chargera lui-même de la seconde, mais ne détaille pas autant de noms si c'est anecdotique. Tu étais dans l'émotion avec les félicitations de la mère de Taïe, ses pensées pour son père, la jeune Raheï qui ne veut pas qu'elle change de tente et la séparation avec sa mentor. Tu es à nouveau dans l'émotion vivante avec la curiosité des habitants, l'excitation de Taïe quand elle veut faire partie des patrouilles. Alors ne repasse pas sur de l'exposition inutile pour la suite.

- "Taïe, déçue [...] se dirigea vers la seconde clairière [...]. Elle lui semblait bien vide, en cet instant. Les ombres des flambeaux s’agitaient dans le silence"
--> Voilà ! Là, c'est beaucoup mieux ! J'aime beaucoup ce passage, la description de la clairière vide, le silence, les ombres nocturnes, ça fait écho à la tristesse de ton personnage et ça aide le lecteur à se projeter, à imaginer la scène. En quelques mots, tu nous décris avec précision ce que ressent Taïe sans vraiment en parler, on s'imagine très bien tout ce qui peut se passer dans sa tête.

- "Taïe sursauta quand une main s'abbatita" --> s’abattit.

- "Sadneï, la mère de Raheï, éclata de rire." --> Encore un autre personnage ? Ça commence à faire vraiment beaucoup. Je comprends l'idée que c'est un clan, une grande famille, ils vivent tous ensemble et se connaissent tous, etc. Mais si tu balances 15 000 personnages au lecteur dans les 3 premiers chapitres, il va juste s'y perdre complètement et ne saura plus distinguer lesquels sont importants.
Pourquoi la mère de Raheï vient-elle consoler Taïe ? Ne serait-ce pas plutôt le rôle de sa mère à elle ?

- "Je crois que je comprend." --> comprends.

- "à repousser les animaux sauvages et mm'entraîner au combat" --> il y a un "m" de trop.

- "mais est ce que tu comprend l’essentiel" --> tu comprends

- "J’aimerais que tu apportes à manger et à boire à la prisonnière. Tu en profiteras pour essayer de lui parler. Vous semblez à peu près avoir le même âge, peut être que tu pourrais essayer de … sympathiser. Pour… essayer d’en savoir plus."
--> Je préfère cette nouvelle formulation à la précédente. Eau s'adresse directement à Taïe en aparté, il ne l'épingle pas devant tout le monde. Il justifie aussi son choix, ce qui est judicieux. J'enlèverais juste les "..." qui sont inutiles ici à mon avis.

"-Savoir d’où elle vient ?
-Entre autres. Je compte sur toi. »
--> Pour savoir d'où elle vient ?
--> La réponse de Eau est trop lapidaire. J'aurais personnellement ajouté quelque-chose avant le "je compte sur toi". Du genre : Entre autres. Tout ce que tu pourras apprendre sur elle et ce qui lui est arrivé. Je compte sur toi."

- "Tu ne viens pas de la Tribu de l’Arbre s’élançant vers le ciel ? Comment se fait-il que tu en portes les vêtements ?"
--> Cette question est un peu étrange. Tout ce que Taïe voit, c'est une inconnue qui porte les vêtements de cette tribu. Elle doit donc forcément s'imaginer que la jeune fille fait effectivement partie de la tribu de l'Arbre. À ce stade, elle n'a aucun moyen de savoir qu'elle vient en réalité d'une tribu différente.
Je remplacerais donc ce passage par la simple question "tu viens de la tribu de l'Arbre [...], n'est-ce pas ?"
L'idée de la tribu de parias dans la forêt, tu l'amènes par la suite avec les soupçons de Eau et ses explications sur la colline.

- "Arrivée devant sa destination" --> ça sonne un peu bizarre, arrivée sur place irait peut-être mieux ?

- "Elle écarta légèrement les lanière" --> lanières

- "Taïe se dirigea à grands pas vers la sortie. Une fois sortie du camp, [...]" --> Tu répètes sortie ici. Je dirais simplement "Taïe se dirigea à grands pas vers la sortie du camp. Elle obliqua ensuite vers la droite [...]"

- "Assied toi, et dis moi tout ça" --> et raconte-moi ?

- "À l’est, ton peut apercevoir" --> on peut

- "Une immense chaîne qui se poursuit vers le nord comme la colonne vertébrale des Terres de Lynes, ou une frontière entre l’Ouest et l’Est" --> j'aime bien l'idée de colonne vertébrale, elle est claire et concise. Du coup, pas besoin de repréciser que c'est une frontière entre l'ouest et l'est, on a bien compris que les montagnes découpaient le territoire :)

- "et vivent dans la misère de leurs villes moyenâgeuses"
--> Je bute sur le terme "moyenâgeuses" à la lecture. On comprend bien l'idée que tu veux exprimer, ça a une connotation négative. Mais dans le contexte de ton récit, ça fait vraiment bizarre. Taïe sait-elle seulement ce qu'est le Moyen Age ? Cela paraît étrange qu'une jeune fille vivant dans la nature, dans une tribu de chasseurs assez archaïque et sauvage, critique de la sorte les hommes qui vivent en ville. Le contraste devrait plus se faire sur la différence ville/nature, civilisation/liberté que sur le côté "leurs villes sont primitives et peu évoluées".
Je pense que tu pourrais plutôt dire quelque-chose du genre "et vivent dans des villes sinistres, sales et bruyantes."
De cette manière on comprend bien l'aversion de Taïe pour ce monde, sans utiliser le terme "moyenâgeuses" qui donne l'impression qu'elle les pointe du doigt en mode "mais vos villes, c'est vraiment vieux et moche en fait, vous êtes des arriérés" (bon, je grossis franchement le trait mais tu as compris l'idée).

- "Il y a bien longtemps que notre peuple à quitté ce monde pour venir s’installer ici, dans ces terres Oubliées, loin des terres souillées." --> loin des terres souillées suffit, et renforcerait encore l'image des villes donnée précédemment. Je pense que tu peux te passer de "dans ces terres Oubliées".

- "tous ceux qui y ont pénétré n’en sont jamais ressortit" --> ressortis.

- "Même le jour venu. À présent, personne ne s’y aventure plus, même le jour." --> répétition, tu dois pouvoir trouver un moyen de combiner ces deux morceaux de phrase.

- "Une Tribu de Parias, comme l’a dit la jeune fille, qui vit au pied de la montagne." --> le "comme l'a dit la jeune fille" n'est pas nécessaire, le lecteur a compris l'idée.
Mila
Posté le 12/01/2023
Hey !
C'est vrai que de découper un peu plus m'a permis de voir d'un oeil nouveau certains passages pouvant être plus détaillés, ou certaines idées à rajouter. Merci pour cette proposition !

- "D’un geste de la main, il invita Naïde et Gaheï à entrer."
J'ai utilisé ce verbe pour dire qu'ils n'étaient pas dans le camp avant, et hors de vue de la Tribu. Sinon ils auraient vu l'inconnue, et se seraient posés des questions directement. Je vais voir ça.

- "Elle n’a rien dit d’autre," --> pourquoi rien d'autre ? Elle n'a pas encore parlé !
+
Cette question est un peu étrange. Tout ce que Taïe voit, c'est une inconnue qui porte les vêtements de cette tribu. Elle doit donc forcément s'imaginer que la jeune fille fait effectivement partie de la tribu de l'Arbre. À ce stade, elle n'a aucun moyen de savoir qu'elle vient en réalité d'une tribu différente.

Cela revient deux fois, et je me demande si je n'ai pas oublié de dire quelque chose, ou alors que ça a disparu dans le découpage. Je vais vérifier. J'ai trouvé !
"Elle maintient ne faire partie d’aucune Tribu, mais en porte les vêtements !"
C'est sur cette phrase que l'on apprend l'information. Mais elle se trouve à présent dans le chapitre d'avant, et c'est peut être pour ça qu'on peut l'oublier.

Merci pour toutes les remarques sur les répétitions et les alternatives. Je me suis tristement résolue à en laisser certaine car je ne trouvais pas de synonymes... je vais pour arranger ça !

"Elle n’a rien dit d’autre," --> pourquoi rien d'autre ? Elle n'a pas encore parlé !
Et bien...
"Elle maintient ne faire partie d’aucune Tribu, mais en porte les vêtements !"

Mais bon, je comprend la confusion avec le changement de chapitre.

Merci pour toutes les remarques ! C'est toujours un plaisir de les lire.



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