Chapitre 4

Christine salua Ameline, un sourire complaisant sur les lèvres. Si elle s’attendait à la revoir à Platès ! Elle pensait qu’un évènement comme celui qu’elle avait vécu la dissuaderait à jamais de revenir. Mais elle était là, quinze ans après, aussi aimable qu’autrefois, presque charmante si Christine n’avait pas deviné ses intentions en remettant les pieds au village.

— Qu’est-ce que tu lui as raconté ? demanda-t-elle en rejoignant sa fille à la cuisine.

Béatrice lui adressa son éternel regard blasé. Elle savait ce qu’elle devait à sa mère, mais la reconnaissance lui écorchait la langue. Christine n’en ferait pas tout un plat, Béatrice était son aînée, et elle lui accordait sa confiance. Sa seule fille. Sa grande fille. Son enfant chérie.

— Rien du tout, répondit Béatrice.

La peur l’étouffait. Voilà pourquoi elle n’avait rien dit à Ameline. Et voilà pourquoi Christine resserrait l’étau autour d’elle. Susciter les pires craintes de Béatrice lui facilitait la tâche. Elle ne s’y employait pas de gaité de cœur, mais si elle ne s’en chargeait pas, qui le ferait ? Serge, qui vivait dans un passé mort et enterré ? Lucas, dont la docilité ne tarderait pas à éclater en mille morceaux ?

— C’est bien, complimenta-t-elle Béatrice.

Une petite récompense de temps à autre renforçait leur lien. Christine ne souhaitait pas perdre Béatrice, d’aucune manière que ce fut.

Elle caressa ses longs cheveux noirs.

— Tu sais où se trouvent nos intérêts, toi, au moins.

— Dans notre silence, récita Béatrice.

Christine sourit et adressa un regard respectueux à l’idole installée sur le buffet de leur cuisine comme pour s’assurer de sa bienveillance sur la famille.

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