Le convoi
La horde de cybertondeuses chargées de leurs passagers roulait depuis une heure. En formation serrée, ils traversaient une vaste prairie aux herbes hautes. Teddy avait trouvé ça drôle au début, mais à présent il s’ennuyait ferme. D’autant qu’il était interdit de parler, c’était très important. Ils avaient pourtant dépassé la ville, il ne devait pas y avoir grand monde pour les entendre. Les machines n’avaient même pas besoin d’être pilotées ; Billie les avait programmées pour qu’elles filent automatiquement vers l’astroport sans s’approcher des habitations. Elle et une trentaine de hikers étaient restés avec Diego et les autres.
Parmi ceux qui l’entouraient, Teddy remarqua que certains avaient retrouvé le sourire. Ils avaient sans doute eu du mal à croire qu’on venait les sauver, mais plus ils avançaient vers l’astroport, plus ça devait avoir l’air vrai. Sur la tondeuse à gauche de la sienne, Karl regardait droit devant lui sans un seul mouvement. Est-ce qu’il était très concentré sur l’itinéraire ou est-ce qu’il était perdu dans ses pensées ? Quand ils avaient quitté la clairière, Diego s’était approché de lui et l’avait pris dans ses bras. Il avait même voulu lui faire un bisou sur la bouche, mais Karl s’était écarté et il était parti sans un mot. Peut-être que c’était à ça qu’il pensait ? Apparemment, ça le rendait bien triste. Quel dommage qu’on ne puisse pas parler ; Teddy était très fort pour consoler les gens.
Quand les cybertondeuses sortirent de la prairie pour pénétrer dans un énième petit bois, il regarda l’heure sur son proxcom. Oxan avait dû désactiver les cybersoldiers maintenant, et le groupe d’attaque devait être en train de quitter la clairière derrière leur armée de robots. Il montra le cadran à Livingstone, assis près de lui, qui hocha la tête en souriant. Le bonhomme se raidit en écarquillant les paupières, balança ses bras sans plier les coudes, puis tout à coup, se mit à s’agiter comme sous l’effet d’un courant électrique. Enfin, il tira la langue en louchant et fit semblant de s’écrouler en arrière. Il mimait l’effet du champ de force sur les robots ! Teddy eut le plus grand mal à ne pas éclater de rire, mais retomba finalement dans le silence et l’ennui.
Devant eux, on apercevait de nouveau le bleu foncé du ciel entre les troncs. Ils allaient quitter le bois, probablement pour une nouvelle prairie, puis il y aurait une autre forêt, puis encore une clairière… Pffff ! Que c’était long ! Pour un peu, il s’endormirait.
Le hoquet de surprise de Karl le tira pourtant de sa rêverie. L’homme-tuyaux appuya brusquement sur le bouton d’arrêt d’urgence de sa machine. À ses côtés, Livingstone fit de même, tout de suite imité par les autres équipages. Teddy regarda droit devant. Dans la clairière où ils venaient d’entrer, une centaine de cybersoldiers s’alignaient face à eux, braquant dans leur direction leur bras en forme de fusils.
– Il y en a aussi derrière vous ! cria une voix au fort accent stadien. Vous êtes cernés ! Ne faites plus un geste.
Finalement, Teddy aurait préféré continuer à s’ennuyer.
Voilà l'armée des cybersoldiers, ça faisait un bout de temps qu'ils étaient évoqués en arrière plan, donc logique qu'il réapparaissent en force pour les derniers chapitres !
Comme les autres, je trouve intéressant de jouer du décalage du pdv de Teddy, qui ne saisit pas tous les enjeux.
Petite remarque :
"plus ça devait avoir l’air vrai." -> plus ça semblait vrai ?
Un plaisir,
A bientôt !
"Devant eux, on apercevait de nouveau le bleu foncé du ciel entre les troncs." -> Je pinaille clairement, mais passer la phrase du passif à l'actif (ex: " le bleu foncé du ciel s'annonçait/apparaissait entre les troncs") pourrait aider à l'alléger un peu.
Allez, je continue sur ma lancée !
C'est noté pour ta remarque (tout à fait vraie, d'ailleurs !)