Octavia

Par Sebours
Notes de l’auteur : Au moment de poster ce chapitre, voilà un an que j'ai commencé à écrire et publier. J'en suis à 58 chapitres publiés & 158025 mots écrits ! Je ne pensais pas que mon histoire prendrait une telle ampleur. Merci à vous tous, lecteurs anonymes car vous me motivez à persévérer.

De tous les poisons du bouclier-monde, la strychnine est la substance la plus utilisée. La strychnine est un alcaloïde extrêmement toxique que l’on retrouve à l’état pur dans les semences des noix vomiques, fruits ronds de couleur verte à orange. Ces fruits poussent sur le Strychnos nux-vomica, ou arbre vomiquier. C'est un arbre de forme columnaire étroite et il atteint d'habitude une taille d'environ 25 mètres qui se développe principalement sur les coteaux et les pentes des montagnes orcs. L'écorce de l'arbre vomiquier contient aussi des composés toxiques, parmi lesquels la brucine.

La strychnine bloque les agents chimiques contrôlant les signaux nerveux transmis aux muscles entraînant ainsi d'intenses convulsions jusqu'à provoquer la mort. En fonction du dosage, il ne faut à la strychnine qu'une trentaine de minutes à deux heures pour agir, un temps bien suffisant pour permettre à un assassin de prendre la fuite.

La strychnine

Encyclopedia Gnomnica

« Décidément, mon garçon, autant tu t’es montré utile pour identifier les membres de la ligue des ombres, autant tu te révèles d’une incompétence crasse concernant l’établissement du comptoir dryade à Panamantra ! Portant, tu as accompagné le prince Hector pendant un mois complet ! » Ugmar dardait le dernier né de Nunn de ses yeux d’or pour tenter de lire en lui.

« Comme je vous l’ai déjà dit, Sir Ugmar, le prince s’est montré très discret et me tenait à l’écart de ces tractations. Mais je garde toujours contact avec lui ! Nous nous envoyons des lettres ! Dès que j’obtiendrais la moindre information intéressante, je vous la communiquerais ! » Penaud, Ome baissait le regard, laissant apparaître son crâne rasé et luisant.

« Enfin, c’est mieux que rien. Tu peux retourner à tes études mon garçon. Et redouble de précautions avec la ligue des ombres. Il serait dommage de te faire repérer si prêt du but. »

Ome effectua un salut rigide et sortit du bureau du grand chambellan. Celui-ci se retourna alors vers son fidèle espion tout en s’enfonçant dans son dossier.

« Le garçon nous sera bientôt plus utile comme représentant des derniers nés qu’à jouer les espions. Qu’en penses-tu mon bon Slymock ? »

« La même chose que vous maître ! La ligue des ombres va tomber. Le prince Hector est parti. Le garçon semble suffisamment instruit. »

« C’est exactement ça ! Suffisamment instruit ! Il ne doit pas trop l’être. Cela pourrait lui donner des idées, comme cette petite amirale ! »

« Maître, en parlant des marchands de l’eau, le jugement du vice-amiral Surcouff s’avère conforme à vos instructions, saisie des biens et mort par décapitation. Les nouvelles nominations ont eu lieu hier. »

« Comment a été accueilli l’avènement de nos nouveaux amis des Sablons Dorés à la vice-amirauté ? »

« Absolument personne ne l’a anticipé. La surprise a été totale. Certaines familles ont tenté de remettre en question le paiement d’avance effectué par les quatre premières castes. Les gens du maître questeur Anémo ont su se montrer « persuasifs ». »

« Fort bien ! Fort Bien ! Sinon, mon bon Slymock, as-tu du nouveau concernant le sac microcosmique de Batum-Khal ? »

« Malheureusement aucune. Mais je n’en ai pas fini avec les gens de l’eau. D’après mes espions, l’amirale Octvia mène des négociations secrètes avec le baron Otto. »

« Bien ! Autre chose mon bon Slymock ? »

« Non, maître. »

« Alors tu peux disposer. »

Le temps que son éminence grise quitte la pièce, Ugmar se trouvait déjà emporté par le tourbillon de ses pensées. Ainsi, cette catin d’Octavia complotait avec cet imbécile de maire du palais. Le grand chambellan saisit sa fiole d’anaphrodisiaque et s’envoya une rasade de cette immonde solution au bromure. Non contente de connaître une importance grandissante dans la nouvelle colonie d’Anulune, l’amirale pactisait avec l’ennemi. C’était peut-être elle qui avait dérobé le sac microcosmique de Batum-Khal. Cette émancipation ulcérait Ugmar. Il ne supportait pas une telle attitude. Cela devait cesser. Comme il avait enfin placé tous les éléments, il envoya son secrétaire Louvois convoquer sur le champ Octavia. Celle-ci ne tarda pas à arriver. Elle entra, enveloppée d’un parfum capiteux et d’une audace irrévérencieuse. Le baron déjà peinait à se contrôler.

« Bonjour amirale Ocatvia. Prendrez-vous avec moi une tasse de thé ? » proposa le grand chambellan en montrant les tasses fumantes que Louvois avait préparé sur une desserte.

« Volontier. » répondit effrontément Octavia en s’asseyant sans y être invitée.

Le menton haut, elle croisa les jambes dans un mouvement trop lent pour être involontaire. Tout dans son attitude respirait le défi. Il était insupportable que cette femelle ne baissa jamais les yeux ! Ugmar versa un peu de bromure dans sa tasse pendant que son corps le cachait. Il porta ensuite la coupelle à son interlocutrice avant de retourner à sa place.

« Hé bien, baron ! De quoi s’agit-il ? » s’enquit la bougresse en soufflant sur son breuvage.

« Amirale Octavia. ! Pour l’instant, vous devez m’appeler par mon titre de grand chambellan ! Respectez donc l’étiquette ! »

« Allons, Ugmar, l’étiquette ! Alors que nous sommes entre vieux alliés ! Pour l’instant...Qu’est-ce à dire ? » demanda

« En privé comme en public, j’attache une importance à mon titre ! Vous le savez pertinemment ! Je serais cependant prêt à faire des exceptions...pour certaines personnes...qui me sont chères. »

« Vous voulez dire comme votre fille. Vous comptez m’adopter pour revigorer notre alliance, UGMAR ? »

« Non, non. Il n’y a pas que ma fille qui m’est chère. Sa mère l’a été tout autant ! Je sais que vous êtes mariée, mais devenir la maîtresse officielle d’un haut dignitaire de la nation tel que moi vous apporterait un immense prestige. »

Octavia éclata de rire. Une colère sourde monta dans les veines du baron. Il cessa de parler pour se contrôler.

« Hi ! Hi ! Hi ! Comme vous l’avez dit, je suis mariée et mère de deux enfants ! Hi ! Hi ! Hi ! Moi, partager votre couche ! Ou même faire semblant ! Mais vous rêvez Ugmar ! Hi ! Hi ! Hi ! Du prestige, je n’en ai pas besoin ! Je suis en train de devenir le membre du conseil du roi le plus important et le plus écouté ! Hi ! Hi ! Hi ! Je ne suis pas cette parvenue de Célestine qui couche avec le baron Otto ! Et encore, le maire du palais donnerait presque envie à côté de vous ! Hi ! Hi ! Hi ! »

Hors de lui, pris d’un accès de rage, Ugmar sauta par-dessus son bureau et saisit l’outrecuidante par le col. Il lui décocha une gifle monumentale du plat de la main qui tourna le visage de la petite bravache. Suite au claquement de l’impact, un silence de mort régnait dans la pièce. Octavia redressa son visage et fixa le grand chambellan à nouveau dans les yeux. Cette attitude de défi l’insupportait ; Elle devait baisser les yeux ! Elle devait le craindre ! Il envoya une nouvelle gifle du revers de la main cette fois-ci. La violence de l’impact éjecta l’elfe par terre. Sans sa double ration de bromure, Ugmar se serait jeté sur elle pour lui faire subir les pires sévices. Il se contenta de lui donner un coup de pied. Elle se tenait le ventre, pliée en deux de douleur. Il la saisit par les cheveux pour qu’elle lise la fureur et la détermination qui l’habitait, puis il lui hurla dessus.

« Écoute-moi bien, petite catin ! Avant moi, ta famille n’était rien ! Je peux tout ! Je suis tout ! Le roi me mange dans la main ! Comment as-tu cru pouvoir te placer au-dessus de moi !?? Tout à l’heure, au conseil, tu voteras selon les consignes que je t’aurais données ! »

Le grand chambellan tendit la main pour aider l’amirale à se relever. L’impudente refusa évitant tout contact avec son bourreau. Le haut dignitaire alla ensuite tranquillement se rasseoir dans son fauteuil. Il se passa la main dans les cheveux, toussa plus pour reprendre une contenance que pour chasser un chat dans sa gorge, puis il ouvrit un des dossiers de Slymock pour faire mine de le consulter. Alors qu’Octavia, après s’être péniblement relevée, tournait talon, Ugmar menaça.

« Ne t’avise pas à évoquer ce qui c’est passer ici ! Jamais ! Comme tu l’as dit, tu as un mari et deux fils. Un mot de moi et ils ne sont plus ! Un autre et la famille du Grand Méandre n’existe plus ! Nous sommes d’accord ! »

« Oui, grand chambellan ! » répondit Octavia d’une petite voix mais sans se dérober au regard menaçant du brutal et machiavélique elfe.

L’amirale était sortie sans jamais avoir cédé au baron. Elle avait repoussé ses avances et résisté à ses coups. Suite au déchaînement de sa rage, Ugmar se rassérénait et redevenait cet animal politique froid comme une lame de rasoir. En menaçant sa famille, il obtenait, au moins pour un temps le silence d’Octavia. Ce serait suffisant pour ses projets, il avait tissé sa toile depuis fort longtemps déjà. Il sortit de sa poche la petite enveloppe vide qu’il détenait depuis tout à l’heure. Comme à son habitude, pour effacer toute preuve, il la jeta au feu. Soulagé, mais encore sous le coup de son accès de fureur, le grand chambellan décida d’aller se promener avant le déjeuner officiel du midi.

Le grand air lui apporta le plus grand bien et ce fut une créature parfaitement sereine qui prit place à la table du roi Roll. Apparemment, Octavia ne comptait pas oublier leur entrevue du matin. Elle défiait ostensiblement Ugmar en s’asseyant à côté du maire du palais. Ainsi, elle affichait la fin de son alliance avec son ancien protecteur et nouveau tortionnaire. La joue droite tuméfiée, l’amirale fixait son adversaire. Même après sa correction, elle ne baissait pas le regard. C’eut dû paraître insupportable au grand chambellan, mais celui-ci se délectait de cette attitude revêche. La fille de poissonnier devenue grande de ce monde pensait encore peser dans le jeu politique. Il la contemplait, alors qu’elle se débattait pour poursuivre son ascension. Pour l’instant, elle cherchait à consolider ses appuis et protéger ses proches. Sans doute pensait-elle contre-attaquer par la suite. Ugmar esquissa un sourire face à son propre machiavélisme puis recommença à flatter le roi et son dauphin, dans l’espoir toujours présent de placer sa fille unique, Victoire.

Les convives profitaient des bonnes chaires offertes par le souverain. On ripaillait, on buvait, on conversait quand soudain, l’amirale Octavia tomba de sa chaise. Par terre, l’elfe convulsait, la bave aux lèvres. Un vent de panique emplit la salle de réception. Les gens se levaient, s’affolaient, criaient, couraient en tous sens. Le roi Roll appelait ses serviteurs à l’aide. Après un dernier, Octavia s’affala, inanimée. Avec son flegme habituel, Ugmar se dirigea vers la pauvre victime et prit son pouls. Dans un silence sinistre, il ferma les paupières de l’elfe.

« Mon roi, l’amirale Ocatvia est morte ! » Il dégaina instantanément un mouchoir en dentelles de sa manche et saisit avec précaution le verre de la décédée. « Aux regards des symptômes, elle a été empoisonnée! Ne touchez plus aux mets de ce banquet ! Je vais confier ce verre à mes services pour analyse ! »

« Mais comment est-ce arrivé ? Pourquoi ? Qui ? » questionna le roi Roll, la voix chevrotante de peur.

« La ligue des ombres est passée à l’acte, Sir ! Ce n’était pas l’amirale Octavia, mais sans doute vous qui étiez visé, mon roi ! Nous avons évoqué à maintes reprises cette menace en conseil ! Le service de sécurité mis en place par le maire du palais n’a pas suffi ! Nous devons agir vite et fort face à ce crime de lèse-majesté ! Dès demain, j’enverrai une lettre de mission aux commissariats pour arrêter tous les derniers nés suspectés d’appartenir à la ligue des ombres ! »

Avec un peu de strychnine savamment dosée dans une tasse de thé, Ugmar aboutissait à l’une de ses plus grandes réussites politiques. Il éliminait une alliée de plus en plus gênante. Par effet de ricochet, il plaçait les Sablons Dorés, ses nouveaux protégés en position d’accéder à l’amirauté. Il se blanchissait de toute accusation en mettant la faute sur la ligue des ombres. Sa manipulation lui permettait de commencer la rafle pour nettoyer les bas quartiers. Et en petit plaisir personnel, il ridiculisait une fois de plus le baron Otto en remettant en cause son efficience. Le coup était parfait !

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